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Un an après la fusillade mortelle, la Hcup a décidé de continuer de rêver

L’ambiance promet d’être bouillante ce vendredi soir au stade de La Martine (15e arrondissement) où plusieie centaines de supporters sont attendus pour les demi-finales de la Hcup, ce tournoi de foot inter-quartiers de Marseille né sauvagement pendant le confinement de 2020. Evidemment, la fusillade de l’année dernière qui avait brutalement interrompu le tournoi après le meurtre d’un jeune homme encore en short et crampons dans un règlement de compte, sera dans tous les esprits. « Cela va laisser une trace à vie », souligne Djamal Bounou, 31 ans, ancien défenseur international comorien, « référent » (sorte de sélectionneur) de l’équipe de La Cayole, qui dispute sa demi-finale contre Félix Pyat.

Mais réduire ce tournoi de foot à ce fait divers tragiques, hélas trop courant à Marseille (36 meurtres liés au trafic de stupéfiants en 2021), ne serait pas rendre justice aux organisateurs et aux participants. « La fête, la joie, les quartiers et cette ferveur, on ne pouvait pas laisser ça », résume Nordine Ali Saïd, journaliste de 29 ans originaire de la Busserine, qui officie en tant que commentateur différent des utilisateurs directs sur YouTube.

« Ça sera un peu notre Furiani »

Pourtant, la question de ne pas rempiler s’est posée, un temps, celui d’un été particulièrement meurtrier à Marseille. « Même pas par peur mais par manque d’envie. Quand tu mets tant d’énergie dans un projet et qu’il se passe ce qu’il s’est passé… On s’est parlé en septembre et rapidement, on s’est dit : « Ça serait leur donner raison. » ». En mémoire, cependant, aucun match ne s’est joué le week-end du 25 juin, sinistre «date anniversaire» des faits relatés. «Ça sera un peu notre Furiani, sans parler d’hommage car ce serait prendre position», explique Hachim Martiniky, 33 ans, l’un des piliers fondateurs de ce tournoi (douze équipes cette année) qui a donné le H de son prénom au coupé.

Né en 2020 «d’un délire», celui d’Hachim qui en plein confinement et allant chercher un vélo «histoire de faire un peu sport», tombe sur le stade Merlan qu’il n’avait pas vu depuis sa réfection. « Le brillant synthétique, ça donnait trop d’envie et des mecs étaient en train de jouer. Je les ai emboucanés* pour faire un match contre une équipe de mon quartier, La Savine ». Quelques matchs se jouent et, Marseille étant à bien des attendus un grand village, cela ne tarde pas à se savoir dans d’autres quartiers du nord de la ville. « Des équipes sont venues me voir et m’ont dit : « On prend la gagne ». Au final on s’est retrouvé à huit équipes », rembobine Hicham. Organisé par sauvage, mais « à la bien », ils débauchent des arbitres, connaissances des quartiers. Par peur d’être suspendus par la Ligue Méditerranée, qui ne donne pas son feu vert à ce qu’ils sifflent ce tournoi, les hommes en noir valident les buts ou distribuent les cartons sous des cagoules garantes de l’anonymat.

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Retransmission et commentaires directs

Deux ans plus tard, une troupe solide d’une quarantaine de bénévoles s’est distribuée, une association en bonne et due forme s’est montée, la mairie a fourni son soutien mis à disposition des installations et réglant quelques factures. Une société laïque privatisée, pour renforcer le flux de supporters, qui s’incarnait. La Ligue Méditerranée, si elle n’envoie pas ses arbitres, donne l’autorisation à ses affiliés d’y participer. L-association de La Savine B-Vice, bien connu des Marseillais pour avoir fait démarrer dans les années 1990 – début 2000 nombre de rappeurs marseillais, mis à disposition son matériel de sonorisation, aide Hachim dans les papiers administratifs. «Je suis de ce quartier et je dois beaucoup à Elvire Zaidi de B-Vice et du centre social de La Savine, le fait que ce soit carré * aujourd’hui», remercie-t-il, désireux de faire de cette aventure une toute construction collective, celle de tous les quartiers de Marseille, et des savoirs de ses habitants. «Chacun apporte son petit plus», se réjouit Hicham.

Nordine Ali Saïd animait en 2019 son propre média vendu au foot. « Du coup, j’ai proposé dès la première année de venir faire des comptes rendus de match sur Instagram », se souvient le journaliste qui commente à présent en duo avec Azir Saïd ou Mohamed Cheik. Désapareilles photos propriétés de bénévoles font office de caméras, deux sont en tribunes, un plan large, un plan serré, et un téléphone filmé en bord de terrain pour une réalisation et une diffusion en direct sur YouTube. «On n’est pas Prime Vidéo», s’amuse Nordine qui court à chaque mi-temps depuis son poste de commentateur jusqu’au bord du terrain faire les interviews de réaction. Mais le rendu à quand même de la gueule. «En vrai la diffusion en direct, c’est d’abord pour ceux qui ne peuvent pas venir, parce qu’ils sont loin, ont quitté Marseille, ou sont en prison», détaille Hicham.

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Le Vélodrome et une Hcup de France comme rêve secret

Pour la chaleur, pendant tout ce temps, l’organisation est sur ses temps libres. Nordine descend de Paris tous les week-ends, payant les billets de sa poche. Hicham est chauffeur-livreur. Comme toutes les autres personnes contactées, elles veulent continuer à faire grandir ce tournoi si prospère. « On voudrait pouvoir accueillir plus d’équipes, on a pas mal de demandes. En termes de matériel humain, on est bien, mais on manque de moyens et d’infrastructures », embraye Nordine.

Déjà, dès 2021, des ponts sont jetés avec d’autres quartiers de Marseille, du sud notamment avec la venue de La Cayole. « On ne voulait pas que ce soit juste le tournoi des quartiers Nord. Mais tu sais, Marseille, c’est compliqué parfois, surtout entre quartiers. Il y a une forte rivalité et un fort sentiment d’appartenance. Tel quartier ne veut pas participer parce que c’est organisé par un autre », expose Hicham. « On veut intégrer les quartiers du centre aussi, alors il y a Félix Pyat, mais on est aussi en contact avec Vauban [un des quartiers chics de la ville] ». Preuve que l’aïoli prend et que «des liens se créent».

De quoi penser, déjà, aux éditions suivantes. Avec quelques rêves: jouer la finale au Vélodrome – «en vrai c’est notre délire dès 2020», admet Hicham – et un jour, faire de la Hcup «une marque» qui verrait chaque grande ville organiser son tournoi inter-quartiers, avant d’envoyer les vainqueurs pour une phase finale.

Comment exposez-vous la rivalité entre les quartiers sur le plutôt terrain que par les armes ? «Ce n’est pas notre rôle. Je ne fais pas ça pour dire : « Les gars arrêtent de vous faire la guerre ». Si ça peut, tant mieux. Je le fais parce que je suis un bandeur de ballons amateurs », exprime Hicham. Un joueur de football propose, des observateurs amateurs ont fait remarquer que le niveau est plutôt élevé, avec une palanquée de joueurs semi-pros évoluant en CFA ou National, et quelques pros également. Et si se faire du bien aux yeux est toujours à prendre, là n’est pas le but premier. « On fait ça pour les supporters, parce que sans supporters, pas de Hcup », conclu Nordine. Et pour eux, les joueurs mouillent le maillot. Avec l’envie de coudre une première étoile à leur maillot, après celle décrochée par Plan d’Aou, vainqueur 2020, dont les supporters peuvent revendiquer d’être «à jamais les premiers».

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* Carré : dans les règles

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