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Sommet franco-espagnol de Barcelone : le projet d’hydrogénoduc en Méditerranée, enjeu numéro un pour l’Occitanie

Le XXVIIe sommet franco-espagnol, qui se tient ce jeudi 19 janvier 2023 dans la capitale catalane, accouchera d’un traité de coopération et d’amitié. Le troisième pour la France, jusqu’ici ainsi liée qu’à deux autres pays, l’Allemagne et l’Italie. La réunion des deux chefs de l’exécutif doit par ailleurs éclaircir la question des interconnexions transfrontalières ; ferroviaires, mais aussi gazières avec le projet H2Med devenu capital en Occitanie et précisément dans l’Aude.

La mobilisation des retraites battra son plein en France quand Emmanuel Macron ouvrira demain matin, avec le chef du gouvernement espagnol, le sommet de Barcelone. Un entretien bilatéral d’une heure est programmé en fin de matinée. Le Président de la République veut former avec Pedro Sanchez un nouveau couple, au moins un binôme, qu’il espère de poids, dans l’Union européenne à l’heure où les liens sont distendus entre Paris et Rome et aussi entre Paris et Berlin (lire l’encadré ci-dessous). Cette rencontre bilatérale sera ainsi marquée par la signature d’un traité de coopération et d’amitié entre les deux pays, mais elle présente aussi un fort enjeu pour la région Occitanie : sera-t-elle ou non raccordée au corridor européen H2Med ?

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H2Med au menu

Annoncé le 20 octobre 2022, l’hydrogénoduc européen H2Med doit relier Barcelone à Marseille, pour 2,5 milliards d’euros. Un tracé sous-marin et direct qui court-circuite le futur hub de Port-la-Nouvelle où sera produit, et stocké, de l’hydrogène vert issu d’éoliennes offshore.

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Une très mauvaise nouvelle pour la région, commentée amèrement par des élus au premier rang desquels le sénateur audois Sébastien Pla. « Il faut de l’hydrogène d’Occitanie dans ce pipeline (sinon) on restera petit dans notre coin », résumait-il à L’Indépendant le 21 novembre dernier. Un « plan B » avait alors été avancé : un détour du pipeline à Port-la-Nouvelle puis un tracé sous-terrain jusqu’à Fos-Marseille via la station de conversion existante de Barbaira.

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Une option qui peine à faire son chemin et reste dangereusement hypothétique pour l’Occitanie où 234 millions d’euros ont été investis dans ce hub audois, dont 142 M€ de la Région et 32 M€ de l’État. Ce mardi, L’Élysée annonçait que « le dossier technique » avait été déposé en temps et en heure, le 15 décembre 2022, pour déclencher les financements européens (la décision de l’Union est attendue fin 2023). Or, sur les trois tracés présentés à l’automne par la France, l’Espagne et le Portugal, aucun ne dévie de sa ligne droite entre Barcelone et Marseille. Le sommet de jeudi apportera-t-il des modifications ?

Défense, sécurité et… indépendantisme

Du côté français, les objectifs du sommet dépassent largement le projet H2Med. Outre sa valeur hautement symbolique, le traité permettra la relance ou la création de plusieurs instances : un Conseil franco-espagnol pour la Défense et la sécurité, un autre pour la Jeunesse et un dernier pour les questions migratoires. Le but est aussi d’adopter « une position commune en vue des prochaines européennes, souligne L’Élysée. On est aligné sur la politique industrielle, un cadre de gouvernance économique et sur les énergies ». Si L’Élysée se refuse à commenter l’annonce de manifestations indépendantistes en marge du sommet, le choix de Barcelone est approuvé : « Barcelone est un choix pertinent, il y vit une communauté française importante que le président rencontrera au lycée français, et c’est aussi un lieu important pour le corridor H2Med ». Aucune rencontre n’est prévue entre Emmanuel Macron et Pere Aragones qui devrait toutefois être présent en tant qu’ « hôte ».

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Neuf ministres français dont au moins deux devraient rentrer à Paris plus tôt que prévu

Emmanuel Macron sera accompagné d’un aréopage de ministres : neuf précisément ainsi que deux secrétaires d’État. Les ministres de l’Économie, de l’Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères, de la Transition écologique, des Transports, du Travail, de la Culture et de l’Éducation. Mais jour de mobilisation contre la réforme des retraites oblige, Olivier Dussopt (Travail) qui « aura mieux à faire à Paris », et Clément Beaune (Transports), devraient quitter Barcelone dès après la signature du traité pour rejoindre Paris. Ils ne participeront pas à l’étape culturelle du déplacement : une visite du musée Picasso.

Col de Banyuls, une réouverture conditionnée à la formation de brigades mixtes aux frontières

Le col de Banyuls, à cheval entre Pyrénées-Orientales et Catalogne, fait partie des neuf points de passage frontaliers fermés partiellement, ou totalement, depuis de long mois voire deux années pour ce dernier. Leur réouverture sera à nouveau discutée à Barcelone. « La réouverture de ces passages frontaliers est l’objet de discussions nourries qui ont mené à la création d’un groupe de travail sur les questions migratoires, a indiqué L’Élysée ce mardi. Et sur la capacité de deux pays à installer des brigades mixtes aux frontières », en cas de réouverture justement. Réouverture clairement conditionnée au déploiement de ces agents français et espagnols sur les sites concernés.

Le passage au col de Banyuls est fermé depuis janvier 2021 et le rétablissement des contrôles Schengen face à des menaces terroristes « toujours présentes », insiste la France. Menaces auxquelles s’est ajouté un « enjeu autour des migrants et des filières de passeurs ». Le ministère de l’Intérieur « réévalue régulièrement » la situation, et Gérald Darmanin sera d’ailleurs présent jeudi à Barcelone. Le ministre français animera un groupe de travail sur les migrations en vue « d’aller vers la réouverture » de ces routes secondaires. Le traité de coopération qui sera alors signé entre la France et l’Espagne doit, notamment, « créer les conditions d’une réouverture », assure L’Élysée.

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Après les Traités de L’Elysée et du Quirinal, le Traité de Barcelone

Après le Traité de L’Elysée, signé en 1963 avec l’Allemand Konrad Adenauer, puis le Traité du Quirinal acté en 2021 avec l’Italien Mario Draghi, la coopération renforcée entre France et Espagne portera le nom de Traité de Barcelone. Un symbole en soi alors que les relations entre Madrid et les indépendantistes d’ERC au pouvoir dans la région catalane, semblent apaisées. Loin en tout cas de l’éruption de colère et de défi qui a suivi le référendum et la proclamation unilatérale d’indépendance de l’automne 2017.

Emmanuel Macron vient chercher à Barcelone un nouveau souffle pour l’Union

Sanchez l’Européen s’amarre ainsi à un partenaire solide et membre fondateur de l’Union (l’Espagne ne la rejoint qu’en 1986) avec qui les liens sont anciens et nombreux. Macron l’Européen aussi, gagne un nouveau partenaire alors que les relations avec Berlin et Rome se sont dégradées.
Avec Olaf Sholz depuis la crise née de la guerre en Ukraine et des divergences autour de l’énergie et de la défense ; et avec Rome depuis l’élection de la dirigeante d’extrême-droite Giorgia Meloni, autour de la question migratoire.
Le président français vient chercher à Barcelone un nouveau souffle pour l’Union. Un nouveau poids aussi, dont cette nouvelle interconnexion gazière, à vocation européenne, apparaît comme le symbole éclatant.

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