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Siciliens de Tunisie : Pontos et Pons

L’œuvre de l’artiste sicilien Girolamo Palmizi inaugurée à la « Petite Sicile » de la Goulette.

À l’initiative de l’association « Picola Sicilia » et sous l’égide de Madame Amel Limam, présidente de la municipalité de la Goulette, aujourd’hui, dimanche 9 octobre à 17H, aura lieu à la « Petite Sicile » de la Goulette, l’inauguration de l’œuvre offerte par l’artiste italien Girolamo Palmizi à la ville.
Après « Mare Nostrum », « Morjane, le radeau de l’espoir », « Les piliers de la terre » et « Didon/Elyssa » des projets qui ont conduit à la création de ponts-sculptures entre la Sicile et la Tunisie, Girolamo Palmizi propose avec « Piccola Sicilia/entre les deux rives » d’établissement un autre lien entre la Tunisie et la Sicile et La Goulette plus précisément.
La Sicile et la Tunisie s’identifient au bassin méditerranéen, convertissant le sens latin d' »appropriation » de « Mare Nostrum » qui traduit une aspiration, un espoir et surtout le partage.
L’incision de la stèle, défigurant la Tunisie et la Sicile, l’un à côté de l’autre, s’imprime dans la matière d’acier cortén, réussissent à créer une conciliation entre sa forme et sa direction. L’artiste n’érige pas de sculptures, mais il réalise l’œuvre en liant le passé et le présent, l’histoire et les migrations, actualisant le passé dans une installation territoriale, dont l’ample souffle, désignée toute forme de possibilités qui nient la division et l’appertenance.

Géants et Titans, protégeant un espace humain universel, les deux présences métalliques ouvrent les portes à la dimension mentale – absolue – de la réception, de la migration, de l’errance…
Quelle est la signification de cette magnifique action artistique ? La définir serait réductif, parce qu’elle imposerait des limites…
Conçu avec une hauteur de 3 mètres, le travail est dédoublé dans ses caractéristiques : la Sicile et la Tunisie. Formellement, les deux structures se décomposent en éléments ondulés à l’étape des vagues de la mer, qui se projettent dans leur réciprocité. La Sicile regarde la Tunisie, et les deux regardent à leur tour, la mer Méditerranée.
C’est un duel qui rappelle la Renaissance et sous-tend le poids de l’annulation, de l’éradication, de la contamination culturelle, historique et linguistique. Un pont, celui par Girolamo Palmizi, qui incarne le centre de la Méditerranée dans une perspective d’évasions et de retours, d’illusions, de certitudes… C’est la volonté de réduire les distances et de marcher sur le  » passage » affectant l’artiste qui ofre cette œuvre d’art à tous les migrants qui comme d’un côté et dans l’autre, préférant leurs vies pour une vie meilleure. Rappelons-nous qu’au début du XIX siècle, plus de 130 000 Siciliens en quête de travail et de dignité, vinrent s’installer en Tunisie, terre d’accueil et de dialogue, traversant le canal de Sicile souvent en barque. La Tunisie les a accueilis et intégrés, la Tunisie est devenue leur pays.

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PONTOS et PONS, le Pont, entendu comme une liaison et une mer ouverte, où la libre circulation des êtres humains s’impose sans restriction aucune ! La relation linguistique, entre le terme grec et latin, se chevauche entre rapprochement et traversée.
Intériorite et extériorite, enterrent dans une dialectique silencieuse, rapprochant le fini et l’infini au toucher de l’horizon. L’artiste n’atteint pas la Méditerranée et tout son espace, par un processus déductif, il commence par l’élever à la métaphore physique du temps présent, de l’histoire et de sa répétition cyclique et dramatique récupérant sa sacralité ambiguë de « mère salvatrice » mais aussi d’endroit de « repos éternel », qui gère l’inconnue à travers les éléments de la nature.
Dans ses œuvres, Palmizi interprète la Méditerranée, comme une figure féminine mêlant à sa maîtrise technique et à sa perspicace capacité, la relation du lieu/non-lieu.
L’artiste semble vouloir imploser ce qui s’exprime alors en « regardant vers… ».
Sacre et sacrifice. Hier, comme aujourd’hui, la mer est un moyen d’ouverture ou de fermeture, d’acceptation ou de rejet. De la condition d’exilé, tragiquement actuelle, Palmizi parcourt à rebours les itinéraires, dont la valeur cathartique qui transforme la douleur en espoir…
Partir ou mourir.
C’est précisément dans cette aussi tragique que « sincruste » le travail artistique et de recherche de Girolamo Palmizi, architecte et professeur originaire de Marsala (Sicile), passionné par le dialogue interculturel entre nos deux rives de la Méditerranée et notamment entre la Tunisie et la Sicile, si proches, mais parfois si lointaines… Les oeuvres sculpturales de Girolamo Palmizi, diffusées en Sicile (Petrosino), en Tunisie (Nabeul, Mares, Manouba), au Liban (Tyr) et aujourd’hui à la Goulette, sont le symbole de cette volonté de bien vouloir rapprocher ces rives à travers une mer qui ressemble et qui ne nous sépare pas.
Et comme une bouteille à la mer, le pauvre migrant, il est transporté d’un côté à l’autre de la Méditerranée, a parfois vécu comme une « mère salvatrice », d’autres, comme un endroit de repos éternel !

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