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Ridley Scott et les mensonges sur Napoléon

Les cinéphiles du monde entier ont une date marquée en rouge sur leur calendrier : le 24 novembre sort le nouveau film de Ridley Scott, Napoléon. Tout projet du directeur de Alien, Blade Runner, Thelma et Louise o Gladiateurentre autres joyaux, suscite une immense attente. Et plus encore lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’existence démesurée de l’empereur français (« Ma vie, quel roman », allait-il jusqu’à dire).

Même un titan comme Stanley Kubrick s’est planté sur un tel projet, qu’il n’a jamais pu réaliser alors que c’était son grand rêve et qu’il avait minutieusement planifié les moindres détails des uniformes et des costumes que porteraient les acteurs. Nous ne savons pas à quel point Ridley Scott est fidèle à l’histoire, même si, d’après les bandes-annonces diffusées jusqu’à présent, il tient certains mensonges pour acquis.


Une autre image du film

Sony Pictures

Il y a deux observations à faire ici. La première est que Napoléon promet un merveilleux spectacle visuel. Deuxièmement, le cinéma n’est pas un cours d’histoire. Le film serait intéressant, même si Scott faisait avec Napoléon ce que Tarantino a fait avec Hitler dans Inglourious Basterds. Si Joaquin Phoenix, acteur en état de grâce permanent, est à moitié aussi brillant qu’il l’était dans Gladiatorvaudra la peine d’aller au cinéma.

Napoleone Buonaparte naît en 1769 en Corse, alors que l’île est déjà possession française. Jeune élève d’une école militaire française, il change son nom en Napoléon Bonaparte. Plus tard, le monde entier le connaîtra simplement sous le nom de Napoléon. Il est admis qu’il n’y a qu’un seul personnage historique plus biographique que lui, Jésus-Christ. Et tout cela est discutable : l’Everest littéraire sur Napoléon grandit d’année en année…


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PHOTO DE DOSSIER : La statue de Napoléon Ier en uniforme de chasseur (1962) du sculpteur français Pierre Stenne, au sommet de la colonne de la Grande Armée, se découpe devant la pleine lune, connue sous le nom d'astre du jour.

On pourrait dire qu’il y a deux sortes d’historiens : ceux qui aiment Napoléon et ceux qui le détestent. Le célèbre écrivain russe Oleg Sokolov lui a consacré son magnum opus, L’Armée de Napoléon « (Par ailleurs, ce spécialiste, chevalier de la Légion d’honneur, a été condamné en 2020 à 12 ans de prison en Russie pour avoir tué et démembré son amante, une élève).

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Napoléon est d’ailleurs un grand publiciste, un génie pour s’approprier les succès des autres et se décharger sur eux de sa propre culpabilité. Le XXIXe bulletin de l’armée reconnaît la débâcle de l’invasion de la Russie et se termine ainsi : « La santé de Sa Majesté n’a jamais été aussi bonne ». Quel Napoléon Ridley Scott incarnera-t-il ? L’épopée du Dieu de la guerre ou les paroles du « plus grand faiseur de veuves et d’orphelins de France » (Chateaubriand dixit).


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L'abdication

Guerre et paixde Tolstoï, n’est pas le seul. cathédrale russe en papier qui parle de l’empereur français. Il en va de même pour Dostoïevski dans Crime et châtiment: « Il a dévasté Toulon, il a massacré Paris, oublié une armée en Egypte et a perdu un million d’hommes dans la campagne de Moscou ». Aujourd’hui, on lui érige des statues de bronze », affirme le romancier, qui a exagéré le nombre de victimes russes, mais dont le résumé du personnage est valable.

Tout d’abord, le choix de Joaquin Phoenix, qui mesure 1,73 m, pour incarner un personnage passé à la postérité sous la fausse étiquette de la petite taille, semble judicieux. Napoléon mesurait plus d’un mètre cinquante, ce qui était très bien pour l’époque. Sur le champ de bataille, entouré de grenadiers de la vieille garde coiffés de bonnets en poils d’ours, il était comme Corbalán sur le terrain, qui paraissait petit à côté des pivots malgré son mètre quatre-vingt-quatre.

Victimes de l’auréole créée par et pour Napoléon, de nombreux historiens n’ont pas remis en cause ses mensonges. Les reconnaître serait très inconfortable tant pour ceux qui veulent voir en lui une figure quasi-mythique que pour ceux qui sont fiers d’avoir vaincu « l’ogre », même s’ils ne veulent pas admettre qu’il n’était pas le militaire tout-puissant passé à la postérité. La première partie de sa carrière est incontestablement riche en victoires.

Même dans ses victoires les plus glorieuses, comme celle d’Austerlitz, le hasard a joué un rôle essentiel. Mais Napoléon a réécrit l’histoire pour le cacher : Austerlitz n’est pas une victoire de plus, c’est la défaite totale de l’ennemi, qui s’est noyé lorsque l’empereur a bombardé les lacs gelés qu’il traversait en fuyant. C’est ce que semble refléter le film (voir la vidéo dans le tweet ci-dessus ou ici). Les bulletins français, rédigés sous la dictée, parlent de 20 000 noyés !

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Sommaire

Histoire et légende

Le cinéaste a été plus attentif à l’épopée qu’à l’histoire dans les scènes de bataille.

Il ne peut pas y avoir eu autant de morts, dit David Chandler (Les campagnes de Napoléon) car il n’y avait que 5 000 Russes et Autrichiens près des lacs. Cet historien ramène ce chiffre à 2 000 et n’exclut pas 200. Après la bataille, précise-t-il, « 38 canons et 130 carcasses de chevaux » ont été sauvés des eaux. Des experts comme Serge Cosseron (Les mensonges de Napoléon) ou Bernard Coppens (Les mensonges de Waterloo) vont plus loin.

Si cet épisode historique a fait 200 ou 2 000 victimes, celles-ci ne sont pas mortes de noyade, mais de blessures ou d’hypothermie. Les lac Satchan, par exemple, l’une des scènes des bombardements, était en réalité un immense étang transformé en pisciculture où l’eau atteignait la poitrine de la plupart des combattants, malgré les descriptions dramatiques et fantaisistes de dizaines de mémorialistes et d’historiens. témoins.

Cinéma et réalité

Le pouvoir de la légende

Les dernières recherches ont fortement démenti l’hypothèse selon laquelle la lacs Menitz et Satchan « ont englouti des régiments et des bataillons entiers ». Mais la force de la légende l’emporte sur celle de la réalité. Le général français Suchet est chargé par l’empereur lui-même d’assécher la zone, ce qui lui prend cinq jours. Selon Suchet, outre les canons et les chevaux, seuls « trois cadavres » ont été retrouvés. Il semble que rien de tout cela n’apparaisse dans le film. La bande-annonce montre des combattants en train de couler dans des eaux très profondes.

Waterloo est la bataille qui a le plus obsédé ce garçon d’Ajaccio qui est devenu empereur en parlant le français plus mal que le tsar Alexandre. C’est normal. Waterloo fut sa dernière défaite et impliqua sa seconde abdication et son exil jusqu’à sa mort en 1821 sur un rocher perdu dans l’Atlantique, Sainte-Hélène. Les malveillants disent qu’il est né sur une petite île et qu’il a fini sur une île encore plus petite. Oui, mais il y a réécrit l’histoire.

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Le Mémorial de Sainte-Hélènequ’il dicte au comte de Las Cases, est un singulier et éhonté exercice de nettoyage d’image, évitant tout soupçon de culpabilité et rejetant toute la responsabilité sur les autres. Deux personnages sont les plus abîmés : les maréchaux Michel Ney, fusillé après la restauration des Bourbons, et Emmanuel de Grouchy, soupçonné toute sa vie de bravoure au combat.

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Le bicorne de Napoléon à Waterloo

Jean-Philippe Ksiazek / Afp

Grouchy n’était peut-être pas le plus intelligent des soldats de Napoléon, mais il n’était pas non plus un lâche. Stefan Zweig (Des moments stellaires d’humanité) disait de lui : « C’était un commandant de cavalerie, rien de plus », « un homme médiocre ». Il a essayé d’exécuter les ordres à la lettre et d’empêcher l’armée prussienne de rencontrer celle de Wellington. Mais, comme le souligne Zweig, il s’agissait d’ordres confus, qui l’ont irrémédiablement éloigné du champ de bataille.

Les exégètes dénoncent le fait que lorsque les canons ont commencé à cracher le feu, Grouchy était absent, mangeant des fraises au petit déjeuner, obviant ainsi à l’obéissance aveugle de Napoléon, qui ne croyait pas les Prussiens capables de faire demi-tour et de renforcer les Britanniques. Et il avait tort. Grouchy, le lâche, celui avec les fraisesarrive en retard, mais remporte un succès monumental. Entouré de forces cinq fois supérieures à la sienne, il parvient à rejoindre la France avec tous ses hommes. Mais il n’y a plus d’empereur à remercier.

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