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Quels sont les programmes des candidats sur la biodiversité ?

Il n’y a pas que sur le climat climatique que les alertes des scientifiques se multiplient. «La nature décline définitivement à un rythme sans précédent dans l’Histoire humaine et le taux d’extinction des espèces s’accélère», observaient les scientists de l’Ipbes – l’équivalent du Giec sur les enjeux de la biodiversité – en mai 2019.

Avec une touche d’espoir tout de même. «Il n’est pas trop tard pour agir, mais seulement si nous commençons à le faire maintenant à tous les niveaux, du local au mondial», pointait le rapport. Gestion des forêts, pollution plastique, chasse (lire en encadré), pesticides, artificialisation des sols… Le champ d’action est large et complexe. Avec, pour fil rouge, «la nécessité de comprendre que toutes les espèces vivantes avec demandent nous cohabitons ont aussi besoin d’espaces, de ressources, d’infrastructures pour se déplacer», glisse Arnaud Schwartz, président de France nature environnement (FNE).

Jadot et Mélenchon de nouveaux élèves les meilleurs ?

Douze candidats à la présidentielle sont-ils prêts à faire plus de place au monde sauvage ? La réponse est oui pour Yannick Jadot (EELV) et Jean-Luc Mélenchon (LFI). Comme pour le changement climatique, les deux sont ceux qui produisent la meilleure copie. Du moins c’est l’avis de FNE, qui a épluché les programmes et sondé, pour des réponses complémentaires, six candidats (les principaux à ses yeux).

Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon se sont distingués en faisant des propositions concrètes (et souvent détaillées) sur les principaux enjeux liés à la préservation de la biodiversité. C’est le cas contre l’artificialisation des sols, « une des causes majeures de disparition de la biodiversité », rappelle Arnaud Schwartz. Le candidat EELV a insisté sur le régime « d’artificialisation artificielle » dans les documents territoriaux de l’Union européenne 2025. Il prévoit également un plan de réhabilitation des franges industrielles et urbaines et des moratoires sur les entités de e-commerce. Jean-Luc Mélenchon ajoute « le renoncement aux grands projets inutiles et imposés ».

Les deux candidats ont également projeté l’interdiction aux immigrants des pesticides plus dangereux et la réduction progressive de l’usage des engrais et des pesticides de synthèse. Yannick Jadot donne plus de détail en tablant sur une division par deux d’ici à 2027. Ils intègrent aussi la question de la gestion durable des forêts. Avec le souci d’interdire les coupes rases ou de sortir des monocultures d’arbres pour aller vers des forêts aux essences plus diversifiées. « Nous protégeons 10% des forêts françaises en libre évolution [interventions humaines réduites au minimum] avec au moins 2% de surface protégée dans chaque région », glisse Yannick Jadot. Jean-Luc Mélenchon surenchérit à 25 %. En revanche, pour ce qui est du renforcement des aires protégées, l’insoumis n’en parle que sur le périmètre des mers et océans, quand le candidat des Verts affiche l’objectif d’atteindre 40% d’aires protégées sur le territoire français terrestre d’ici à 2030, dont 5% en protection forte dans chaque région. Enfin, les deux candidats entendent renforcé la protection juridique des animaux et leurs représentations dans nos institutions, jusqu’à, par exemple, créer un ministère chargé de la protection animale ou modifier la Constitution.

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Anne Hidalgo sur le podium pour FNE

Voilà pour le match Jadot-Mélenchon, que le FNE a conclu d’un nul : cinq hérissons (l’emblème de la Fédération) chacun. La note maximale. « Le programme d’Anne Hidalgo n’est pas une mauvaise chose », estime Arnaud Schwartz. Assez en tout cas pour décrocher quatre hérissons. « La protection des biens communs, de la biodiversité, […] le principe de non-régression dans la protection de l’environnement […] seront inscrits dans la Constitution », promettent le candidat PS. Elle créera aussi un poste de « Défenseur de l’environnement » et se nommera, en numéro deux du gouvernement, un ministre du Climat, de la Biodiversité et de l’Économie. Elle affiche aussi la volonté de sortir des engrais et pesticides de synthèse, « de manière rapide pour les plus toxiques comme le glyphosate », et dans les 100 premiers jours pour les néonicotinoïdes. Dans cette renaissance du FNE, Anne Hidalgo a aussi un « net zeste d’artificialisation » de cette année 2030 et est incitée par un « couplet » à appuyer sur la surface agricole pour parcourir une large base fossile ».

Avec trois hérissons, Valérie Pécresse est un cran en dessous. Le candidat LR ne s’engage pas, par exemple, sur le zéro artificialisation nette, mais propose plusieurs mesures concrètes sur le sujet, comme la renaturation de 50% des friches industrielles. Concernant les océans, elle vise un objectif 0% plastique en signant un accord avec les pays riverains de la Méditerranée. D’autres propositions complètent la liste, mais elles tiennent toutes en quelques mots. « Les enjeux environnementaux ne représentent pas une priorité dans son programme », en conclu FNE. Par ailleurs, sur la sortie des pesticides et engrais de synthèse, Valérie Pécresse refuse la stratégie «zéro phyto» en l’absence d’alternative et dit vouloir opter pour une approche réaliste. Surtout, « son souhait de réduire drastiquement les normes dans de nombreux domaines ayant un impact environnemental est particulièrement préoccupant », signale Greenpeace.

L’impasse d’Emmanuel Macron ?

Et Emmanuel Macron dans tout ça ? Le président sortant évoque surtout le bilan de son quinquennat et reste très évasif sur ce qu’il fonctionnait s’il y en une seconde. Programme Dans son, il dit juste vouloir «planter 140 millions d’arbres d’ici la fin de la décennie, soit deux arbres par Français» et «protéger toujours mieux nos littoraux, montagnes, forêts et espaces naturels». « Il n’a pas répondu non plus à nos questions », dit Arnaud Schwartz.

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Résultat : deux hérissons seulement, ce qui le place à la dernière place du classement, ex aequo avec Fabien Roussel. Pourtant, l’application PC est également disponible. Il l’un des rares aussi à assurer que la France rejoint le moratoire proposé par l’UICN sur l’exploitation et l’exploration minière des fonds marins. Ce que n’a pas fait Emmanuel Macron l’été dernier. Un très bon point pour Greenpeace. Il promet enfin une meilleure préservation des bois et forêts par une gestion durable et la diversité des plantations. « La part des espaces protégés, terrestres et maritimes, sera portée à 30% », Précise-t-il. Mais l’objectif est déjà dans la loi, rappelle FNE qui regrette par ailleurs que Fabien Roussel passe sous silence l’enjeu de l’artificialisation des sols. Il ne dit rien non plus sur les sujets des engrais et des pesticides dans l’agriculture.

A l’extrême droite, pas de bien-être animal pour la faune sauvage ?

Ces premiers candidats sont donc ceux que FNE souhaite interroger dans son enquête. Loupe-t-elle quelque chose avec les six autres ? Pas toujours. La préservation de la biodiversité n’est pas un enjeu mentionné par Jean Lassalle (Résistances) ous Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière). Philippe Poutou (NPA) annonce bien « l’interdiction des intrants chimiques », « la nationalisation des forêts de plus de 20 hectares » ou « pas plus de 10 % de territoire artificialisé et 10 % classé en réserves naturelles ». Mais rien de plus et sans jamais développer.

Ce n’est pas mieux du côté d’Éric Zemmour (Reconquête) et de Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), dont les programmes sont pourtant parmi les plus copieux. Tous deux veulent empêcher la construction de nouvelles grandes surfaces et zones commerciales à l’entrée des villes, mais plus dans l’optique de redynamiser les centres-villes que de réduire l’artificialisation des sols. Sinon, Eric Zemmour conduira des chantiers de dépollution des sols, aggravera les sanctions contre la pratique des décharges sauvages ou créera un grand ministère de la Ruralité, de l’Agriculture et des Littoraux. Nicolas Dupont-Aignan, lui, lancera un grand plan de lutte contre la pollution par le plastique des océans et d’un plan Méditerranée.

Les dex candidats abordent bien la question du bien-être animal, mais brièvement et seulement pour les animaux domestiques et d’élevage. Un constat qui vaut aussi pour Marine Le Pen qui consacrer saisir les pages au sujet. Elle propose d’accorder une reconnaissance constitutionnelle aux animaux, leur créer un nouveau statut civil, renforcer les peines sanctionnant les infractions commises envers eux… Mais la candidate du RN les hiérarchise. « La protection accordée aux animaux et les devoirs de chacun à leur requis sont déterminés en distinguant selon qu’ils sont animaux de compagnie, domestiques, apprivoisés, tenus en captivité ou qu’ils vivent à l’état sauvage », écrit-elle. Et les mesures proposées dans ce chapitre « n’ont pas pour finalité l’interdiction de la chasse », y est-il aussi précisé. Pour autant, Marine Le Pen ne se montre pas totalement sans raison pour le monde sauvage. Elle subordonnera les engorisations d’emploi des engrais et pesticides (par produit et par quantité) à l’évolution annuelle des populations d’espèces sauvages témoins. Elle encourage aussi financièrement les agriculteurs à participer au maintien de la biodiversité et des paysages ruraux (restauration de haies, de surfaces humides, de bois…). En revanche, pas un mot sur la gestion durable des forêts, le renforcement des aires naturelles protégées ou la lutte contre la pollution plastique…

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La chasse, le sujet devenu incontournable ?

On imagine le sujet casse-gueule pour les candidats. Impossible pour autant d’échapper au sujet de la chasse, tant il est devenu incontournable ces derniers mois. Il y a les pro, qui rangent cette pratique dans les traditions françaises à maintenir. Pas question donc du limiteur. C’est le cas d’Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle, Marine Le Pen, Valérie Pécresse. On peut y ajouter Emmanuel Macron, qui s’est peu exprimé expressément sur le sujet. Mais «vous savez mieux que personne qu’il a un attachement particulier avec la chasse et les chasseurs», rappelait Marc Fesnau, ministères des relations avec le Parlementvenu représenter le président sortant au congrès de la Fédération nationale des chasseurs le 22 mars.

A gauche, Fabien Roussel détonne en défendant « la chasse pratiquée comme un loisir populaire dans notre pays ». S’il ne dit pas soutenir la chasse à la courre, il ne se prononce pas clairement sur la question d’interdire «les pratiques de chasse et piégeage cruelles et barbares», pas plus que sur «l’interdiction de la chasse pour les espèces en déclin », deux mesures sur lesquelles s’alignent le reste des candidats à gauche. Roussel est également contour de l’interdiction de la chasse le week-end et pendant les vacances scolaires. Mais, cette fois-ci, il n’est pas le seul à gauche : Anne Hidalgo s’y oppose également, et Nathalie Arthaud n’est pour l’interdiction que les week-ends. Le reste, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou sont. Le candidat EELV va plus loin encore en voulant mettre fin au permis de chasse à vie, en interdisant l’agrainage ou la chasse à enclos.

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