Bonne nouvelle, près de 73 millions d’euros devraient être investis pour la sécurisation de la route nationale 116 entre Ille-sur-Têt et Bourg-Madame. Un projet qui, en l’état, ne semble pourtant pas emporter l’entière adhésion des élus conflentois.

Étienne Guyot, préfet de la Région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne, Carole Delga, présidente de la Région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée et Hermeline Malherbe, présidente du Département des Pyrénées-Orientales ont d’éné signé de la RNén le département, du du 15 avril 2022.

Un document qui précise les sommes reconnues au projet ainsi que les (très) grandes lignes de ce que pourraient être cet ax inconcontinent des Pyrénées-Orientales.

Loin de la quatre voies qu’on espère

La plupart des principaux villages s’inquiètent d’avoir reçu un rapport par un document de travail qui reste très technique et finalement assez flou. Guy Cassoly, le maire de Los Masos est plutôt rassuré : « Normalement nous avons le giratoire que nous espérions au niveau de l’auberge d’Eus. C’est bien car ce carrefour est un coupe-gorge. Ce qui est dommage c ‘ est que notre commune n’a pas été concertée car la 116 ne passe pas sur notre territoire. Pourtant, ce sont plus d’un millier de nos administrés qui se déversent directement sur la nationale ».

À Marquixanes (où une déviation par le nord du village se confirme), la première édile Anne-Marie Canal se veut philosophe : « Nous prenons acte de la décision des autorités, il y a un développement du territoire qui en découle. Je sais qu’ une partie de la population est contre. De notre côté, nous avons demandé que le projet initial soit modifié afin que le village bénéficie d’une double entrée et nous avons été entendus ».

Patrick Lecroq, maire de Villefranche-de-Conflent, est partagé : « Mon regret vient du fait que nous sommes loin de la quatre voies qu’on espère jusqu’à Prades. En revanche, nous sommes très satisfaits du projet de rond-point qui doit relier la vallée de la Rotjà. Il correspond à un vrai besoin pour nous, notamment en termes de sécurité. Enfin, l’aménageur avait proposé des parkings mais qui ne correspondaient pas aux critères de l’Unesco. On leur a demandé de retravailler sur ce point ».

La même route qu’à l’époque des diligences

Jean Maury, élu à Ria, se veut prudent : « Cette route nationale qui traverse notre village est une préoccupation permanente. La sécurité des riverains est toujours mise en cause. C’est un ax essentiel mais qui n’est plus adapté. On a la même route qu’à l’époque des diligences sauf qu’aujourd’hui il y a plus de 15 000 voitures qui l’empruntent chaque jour ». Un tunnel sous le vieux village avait été déterminé il y a une vingtaine d’années mais rien de tout ça aujourd’hui.

« L’aménageur nous a fait des propositions notamment sur la sortie ouest (côté Villefranche, Ndlr) mais c’est du bricolage, nous, ce qui nous aurait vraiment voulu c’est une déviation. Ce sera mieux que rien, en espérant que cela se réalisera et ne finira pas au placard comme tant d’autres projets ». Et le premier magistrat de la commune de « remercier l’ancien maire de Prades qui connaît bien le dossier et qui a certainement activé le projet ».

Les habitants de Vinça veulent garder leur sortie sur la RN116.
Ph. C

Mais c’est sûrement du côté de Vinça et des villages alentour que les aménagements prévus sont les plus contestés. En effet, les maires d’Espira-de-Conflent, d’Estoher, de Finestret, de Joch, de Rigarda, de Glorianes et donc de Vinça ont fait valoir leur mécontentement au cours de l’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique. S’ils « approuvent la nécessité de réaliser des travaux d’aménagement », les premiers édiles demandent des modifications au projet qui leur a été soumis.

Les élus craignent que les futurs travaux « rendent l’accès à la nationale 116 plus difficile » pour leurs administrés et surtout « plus dangereux ». « Interdire de tourner à gauche en direction de Prades au carrefour RN116-RD13G (sortie de Vinça située en face du lac, Ndlr) impliquera la traversée de Vinça par plusieurs centaines de véhicules en empruntant des rues inadaptées avec une steècurités à ‘hui inexistantes. « 

Aucune continuité la sécurité des cyclistes

Les maires concernés demandent : « la création d’un giratoire au carrefour de la RN116-RD13G ». Si vous êtes concerné par le carrefour situé à la sortie du tri (direction Marquixanes) les élus proposent trois options : « L’étude de énergétique d’une contre-voie le long de la RN116 » ou bien « la création d’un autre giratoire » ou encore « dans l’impossibilité de réaliser la contre-voie le giratoire nous demandons qu’aucun aménagement ne soit réalisé ».

La municipalité de Rodès s’inquiète, elle aussi, des aménagements qui pourraient se faire au niveau de Vinça et qui, selon l’option choisie, dévieraient une partie de la circulation vers le centre-ville de sa commune.

« Un projet à surveiller de près », a déclaré Yves Delcor, maire de Prades. « Pour ma part, j’avais demandé que ces aménagements ne gênent en aucun cas les exploitants agricoles et les entreprises qui se trouvent le long de la 116. Et le deuxième point qui me dérange c’est que nous sommes en train de mettre en place un plan véloroute et il n’y a malheureusement aucune continuité pour la sécurité des cyclistes dans ce projet. Il y a bien quelques passages sécurisés, mais en pointillé, et encore de gros obstacles pour les vélos qui se retrouvent sur la route nationale ». Bref, un endroit bien connu qui restait pourtant à finir sur le terrain.

Le giratoire de Rodes est attendu depuis très longtemps.

Le giratoire de Rodes est attendu depuis très longtemps.
Ph. C

Le groupe EELV propose des alternatives

Les projets de remboursement du N116 sont mis en œuvre par les caisses publiques avec seulement 73 millions de parts contributives, plus de 100 millions de contournement Marquixan de 2×2 voies. Au nom de la « sécurisation » du tracé. Sans qu’un centime pour la moindre piste cyclable fasse partie des plans. Pour « fiabiliser les temps de parcours »: autre manière de dire qu’il s’agit de pouvoir rouler plus vite, grâce à de nouveaux créneaux de dépassement.

Pourquoi aller plus vite ? Pour pouvoir aller plus skier facilement en montagne à la demi-journée ? Pourquoi les vacanciers produisent-ils plus rapidement en Andorre y achètent-ils de l’alcool et des cigarettes ? Pourquoi Conflent finisse en banlieue-dortoir de Perpignan ? Pour accomplir de rendre les temps de parcours en voiture individuelle préférables au train qui pourtant dessert la vallée de la Têt ?

D’autres options sont tout à fait possibles. Les projets d’aménagements pourraient anticiper et chercher à favoriser la survenue de nouveaux usages : par exemple en prévoyant, à la hauteur de chaque croisement de la RN116 avec une route secondaire, la création de places de stationnement auto et vélo pour faciliter le covoiturage, la dépose d ‘auto-stoppeur, l’arrêt des bus. La voirie entre Ille et Prades serait alors propice à l’écoulement d’une circulation pacifiée qui rend inutile la construction de la déviation nord de Marquixanes.

Nous n’avons plus le choix. La politique de gestion amniotique de la vie individuelle est incompatible avec la puissance climatique et la flamboyance active et la croissance des carburants. Nous devons éviter l’argent public à anticiper une adaptation de nos usages et de nos territoires à la sobriété énergétique qui vient, et que l’on risque de subir si nous ne la prévoyons pas.

(SOURCE : L’INDÉPENDANT)

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