Situé à plus de 200 mètres de profondeur, le gouffre est mystérieux. Alors que la vie est connue pour être froide et sombre, il est également confirmé qu’il existe des minéraux uniques qui n’ont pas encore été utilisés et qui pourraient répondre aux besoins de la planète Terre. Reste à savoir si l’exploitation minière, sous couvert d’exploration sous-marine, est compatible avec la conservation de ces écosystèmes à ce jour sans aucune perturbation. Pour comprendre les enjeux, les risques et les dérives, rencontrez Franck Lartaud, maître de conférences à l’Observatoire océanographique de Banyuls.

Comment appelle-t-on les fonds marins ?

Appelés abysses, ou grandes profondeurs océaniques, ils occupent les deux tiers de la planète bleue. Cet océan profond commence à 200 m, dans l’obscurité et dans une eau à température généralement stable. Cet étage est composé de montagnes, de plateaux, de pics, de canyons et de grandes plaines abyssales. Ce peut être une oasis de vie ou un désert. L’eau est claire ou chargée en phytoplancton, on parle aussi dans les zones observées des canyons « sea snow ».

Franck Lartaud porte son regard d’expert sur la richesse des fonds marins, ayant annoncé un plan d’investissement gouvernemental de 2 milliards d’euros pour l’exploration et le suivi de l’exploitation de….
WOW. P-Vé. P.

Techniquement, sommes-nous capables de les explorer ?

L’évolution est permanente, en 15 ans les technologies ont poussé les interdictions. La robotique, contrôlée depuis le bateau, fournit une vidéo de haute qualité, des cartes de précision et permet des échantillons propres. Il limite les restrictions sous-marines aux hommes à bord. Bien sûr le côté émotionnel n’est pas le même, il faut la magie qui compense pour une qualité optimisée.

Avez-vous été surpris lorsque le président Macron a annoncé une priorité pour l’exploration sous-marine d’ici 2030, avec 2 milliards d’euros ?

Oui et non! C’est une force pour la France d’explorer ce milieu méconnu, ce qui confirme ses ressources scientifiques et montre que le pays est à l’avant-garde. Cela m’étonne la façon dont il a été présenté, je pensais personnellement que cette priorité porterait sur la biodiversité profonde.

Parce qu’il parle d’exploration minière, et d’accès à certains minéraux rares ?

Dans les années 1980, l’extraction du manganèse a été abandonnée. En 2000, il a été relancé avec des cheminées hydrothermales et des nœuds polymériques contenant du fer, du nickel, du cuivre, du zinc et même du sulfure d’or. Les estimations montrent une concentration dix fois supérieure à celle des mines terrestres ! Les sociétés minières se sont donc déjà lancées dans l’extraction minière offshore. Des bateaux ont été spécialement construits pour extraire et traiter le minerai. En moyenne, il ne contient que 5% de métaux d’intérêt, la question est que faire des 95% restants ? S’il est rejeté lorsqu’il est traité, les risques de contamination sont insensés, conduisant à des catastrophes environnementales.

En plus des métaux, il y a aussi l’hydrogène naturel, qui est très populaire ?

En fait, on en parle moins, mais les entreprises l’étudient déjà. Cet hydrogène naturel provient d’un contexte géologique précis, comme le changement des roches du manteau terrestre. En mer c’est super, j’ai vu au milieu de l’atlantique un champ hydrothermal (à perte) avec une cheminée de 60 mètres qui libère de l’hydrogène, après être entré dans un bâtiment rocheux. D’autres sites au large de la Galice ont été récemment découverts, il faut être vigilant sur cette potentielle exploitation.

Alors, quelles sont les préoccupations des scientifiques et autres organisations protégeant l’environnement marin ?

Globalement, il faut définir les risques, mais aussi les zones sources, pour éviter des dommages irréversibles. Les recommandations scientifiques sont difficiles à suivre, les choses vont trop vite. Les ONG condamnent le manque de protection, discutant aussi apparemment d’un code minier.

D’autant plus que la législation est plutôt floue dans les eaux lointaines ?

La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer divise le port en six zones principales, quatre sont sous la juridiction de l’État côtier, les deux autres sont en dehors du plateau continental, sous des juridictions internationales avec un statut commun de patrimoine humain. Pour la zone de haute mer, plus de 200 milles marins (322 km), l’Organisation des Nations Unies (ONU) a entrepris l’exploration, la conservation et la conservation des eaux profondes et accordé des permis. La France compte deux sociétés (Ifremer) et deux sociétés belges et canadiennes ont déjà lancé l’exploration. Ce n’est pas du courage !

Alors exploration rime-t-elle avec exploitation ?

Nous sommes obligés de naviguer entre les deux. En effet, la connaissance peut atteindre cet objectif, une fois l’argument scientifique pris en compte, et peut aider aux choix politiques.

Franchement, cette commotion en vaut-elle la peine ?

L’exploitation des grands fonds doit passer par une validation globale, avec un avis scientifique global et des recommandations. Peut-être pourrions-nous aussi nous lancer dans d’autres modèles, en développant différentes opérations, à commencer par le recyclage à terre !

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Univers à 95% inconnu, déjà ouvert au tourisme !

La tranchée de Mariana dans l’océan Pacifique, à ce jour la plus profonde connue à 11 000 m, est un sous-marin chinois qui y a atterri l’année dernière. Il en existe d’autres, notamment vers les îles Tonga mesurées entre 9 et 10 000 m. L’exploration se poursuit et si de nouvelles espèces ont été découvertes, la pollution plastique a également atteint leurs zones. Peu de personnes sont cartographiées, la bathymétrie (science et technologie) est à l’échelle du kilomètre ! On peut s’attendre à bien des surprises, on ne connaît que 5% de ces gros fonds. C’est le pari, car c’est dans cette nouvelle connaissance que nous pourrons découvrir à quoi ressemblait la vie.

Comme pour aller dans l’espace, il y a déjà le tourisme sous-marin. Aux Açores, des bateaux amphibies transportent des voyageurs jusqu’à 500 mètres de profondeur. A Franck Lartaud : « Tant qu’on ne touche à rien, ça reste un business, d’autant que la technologie est fiable jusqu’à 1000 m. Peut-être que l’avantage de cette accessibilité pour le grand public est un participant scientifique ».

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