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Pour que les promesses de la Ticad ne restent pas lettre morte

L’Afrique, c’est bientôt une population de plus de 2 milliards d’hommes et une classe moyenne de plus de 300 millions de consommateurs. Un continent ne dépend pas de l’avenir de l’économie mondiale, de l’avis de grands spécialistes des questions africaines. Les grandes puissances n’ont pas tardé à se bousculer aux portes d’un continent qui ne cesse d’attiser les convoitises. Jour 8e Conférence internationale de Tokyo pour le développement en Afrique (TICAD 8), organisée par le Japon avec les Nations unies, la Banque mondiale et l’Union africaine, les 27 et 28 août, à Tunis, s’inscrit dans la même perspective. Second pays du continent, après le Kenya en 2016, à accueillier la rencontre afro-japonaise, la Tunisie doit saisir cette opportunité pour mieux voyager en Afrique subsaharienne. D’autant que les Tunisiens détiennent un héritage exceptionnel, notamment celui des Carthaginois qui avaient le monopole du trafic de la Méditerranée occidentale, en Sardaigne, en Afrique et en Espagne dès le VIe siècle.

Des échanges commerciaux en décà des attentes

En 2018, la région méditerranéenne absorbait environ les trois quarts des exportations tunisiennes, alors que seulement 3 % étaient destinés à l’Afrique subsaharienne. Pourtant, nos diplomates affectés dans divers coins du continent semblent se dorer la pilule. Très bien nanti pour cheminer avec brio dans les sentiers Africains et sauver une économie nationale en berne, le pays poursuit néanmoins une politique économique beaucoup plus orientée vers l’Europe. Cette orientation vers le Vieux continent au détriment de l’Afrique pouvait être justifiée aupuravan, dans la mesure où la croissance africaine se tablait, autrefois, sur les 2 %. Aujourd’hui que les taux de croissance annuels s’élvent à deux chiffres, surtout du côté des pays anglophones, on n’a qu’à se réveiller pour mettre du cœur à l’ouvrage. Mais retrouver le chemin d’une Afrique qui s’urbanise dare-dare (plus de 50% en 2015, plus de 70% en 2050) d’après la Banque mondiale n’est pas une sinécure. Il faudrait, pour ce faire, jeter les fondements. Profiter comme il se doit de l’accord de libre-échange continental (Cfta), dont les négociations ont été lancées en juin 2015 au Caire, pour une entrée en vigueur en 2017, en vue de promouvoir les exportations tunisiennes de produits manufacturés vers le continent implique une bonne préparation du terrain.

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Une préparation de terrain que Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, attaché à l’amélioration des infrastructures logistiques. Pour commencer, la principale compagnie aérienne du pays (Tunisie), qui ne couvre qu’une quinzaine de destinations africaines, dont seulement cinq en Afrique subsaharienne contre une trentaine pour la compagnie d’un pays voisin, n’a qu’à mettre les bouchées doubles. La compagnie nationale devrait se mettre à la page des mutations que connaissant le continent et le monde, avant qu’il ne soit trop tard.

Des atouts majeurs

Mieux voyager en Afrique implique, de surcroît, une diplomatie économique active et des diplomates en mesure d’être une force de proposition, afin de mieux éclairer les décideurs sur les pistes à explorer et les chemins à emprunter. Il y a lieu aujourd’hui de penser à des liaisons maritimes rapides et efficaces, à la mise en place de structures de soutien financier aux investisseurs tunisiens, de cabinets d’études stratégiques spécialisés. Les diplomates et ambassadeurs tunisiens évoluant dans diverses régions du continent sont également appelés à mieux faire entendre la voix de leur pays pour le producteur ou le produit et le savoir-faire tunisiens.

Alvéole civilisationnelle depuis des lustres, la Tunisie ne manque point d’atouts pour se faire une place de choix en Afrique, la francophone comme l’anglophone. L’expertise et le savoir-faire de bon nombre de ses enfants valorisants dans des secteurs, comme le tourisme médical, l’enseignement supérieur, l’ingénierie et le conseil, potrouint lui garantissent une part non négligeable des marchés les plus émergents.

Miser sur l’anglais pour une véritable implantation en Afrique anglophone

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Une chose est sûre : le pays n’a jamais eu autant besoin d’une politique africaine. C’est aujourd’hui ou jamais. Sauver une économie à genoux et une nation qui chemine à reculons passe nécessairement par une politique qui favorise l’exportation de produits manufacturés, en plus de ceux agricoles. Tout au plus, une meilleure exportation de nos services (médecine, ingénierie, télécommunications, etc.) en Afrique anglophone nécessite une meilleure maîtrise de la langue de Shakespeare. D’où la nécessité d’accorder plus d’importance à cette langue vivante dès le jeune âge et lors du cursus universitaire. Autrement, on ne saurait s’étonner que le mythe du développement continue à inspirer de moins en moins confiance aux populations. Ou devenir grand ou continuer à mendier son argent de poche, hier touchant, aujourd’hui pathétique, il n’y a pas d’autre alternative dans un monde qui va à 1.000 à l’heure, et où les prédateurs sont de retour.

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