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Perpignan – Festival Nostre Mar : « 28% des djihadistes actuellement incarcérés sont des convertis »

Mercredi 29 juin, à l’âge de 18 h 30, l’homme politique parisien Xavier Crettiez a présidé, dans le cadre du festival festival Nostre Mar organisé par SOS racisme, une confession intimiste « Qui sont les djihadistes ? au palais des rois de Majorque, à Perpignan. Lors de celle-ci, le chercheur dévoilera les enseignements, parfois surprenants, issus de l’étude inédite qu’il a menée sur les profils de 353 des 454 djihadistes actuellement incarcérés en France.

Cela fait sept ans que le politologue Xavier Crettiez, spécialiste des questions de violences politiques et des engagements radicaux, travaille sur le thème du terrorisme islamiste. Ce mercredi 29 juin, l’universitaire, qui enseigne à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, animera une conférence baptisée « Qui sont les djihadistes? » dans le cadre de 18 h 30 au palais des rois de Majorque, à Perpignan. La présence dans le but d’obtenir les résultats de recherche les plus importants en France sur le djihadisme à partir de sources judiciaires et administratives. Et pour cause : dans le cadre de son étude, Xavier Crettiez a pu consulter les fiches d’évaluation d’environ 90 % des hommes actuellement incarcérés en France pour des faits pertinents du terrorisme islamiste. Entretien.

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Quelles sources se basent sur votre étude ?

Xavier Crettiez : En 2017, j’ai loué une vingtaine de vjitaistes incarcérés, lors de longs entretiens de deux à trois heures. Mais il manquait une dimension statistique forte. Actuellement, 454 djihadistes sont incarcérés en France. Une vingtaine, ce n’était pas assez représentatif… J’ai évoqué le problème par hasard avec le patron de la Mission de lutte contre la radicalisation violente, un organisme dépendant de l’administration pénitentiaire. Il m’a alors donné la possibilité d’accéder aux fiches des Quartiers d’évaluation de la radicalisation (QER) par lesquelles passent toutes les personnes arrêtées pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte terroriste. Dans ces QER, les djihadistes sont observés pendant quinze semaines par des psychologues, des médiateurs du fait religieux, ou encore des surveillants spécialisés. Les fiches QER de 20 à 30 pages sont chacune produites à l’issue de cette observation contenant tous les éléments recueillis sur les individus (parcours biographique, etc.). À l’époque où j’ai commencé l’étude, il n’y avait pas encore de QER pour les femmes, mais j’ai pu consulter les fiches de 353 des 384 hommes actuellement incarcérés pour le djihadisme.

Plus la moitié d’entre eux n’avaient pas de casier

Comment exploitez-vous ces informations ?

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Avec le sociologue Romain Sèze et la magistrate Jennifer Boirot, nous avons mis un an pour tout lire, tout codeur et en faire un fichier de données. Ce qui nous a notamment permis de savoir si ces djihadistes fréquentaient la mosquée, dans quelle ville ou quel village ils résidaient, s’ils regardaient beaucoup Internet, s’ils étaient mariés, s’ils avaient des enfants ou des frères et sœurs.

Quelles grandes tendances se dégagent de ce travail ?

On est assez loin des lieux communs qu’on lit dans la presse… Contrairement à ce qu’on peut penser, la plupart de ces djihadistes ne sont pas fous. Seulement 8% de ceux qui sont sujets à des problèmes psychiatriques. Ce ne sont pas non plus tous des délinquants : 57 % n’avaient jamais connu l’institution judiciaire, vu un juge ou même été arrêtés antérieurement.

Y at-il beaucoup de points communs entre les profils que vous avez pu consulter ?

Les niveaux d’étude sont souvent très faibles, tout comme les niveaux socioprofessionnels. Beaucoup sont également issus d’importantes fratries (entre quatre et cinq frères et sœurs en moyenne). C’est un élément qu’on ne retrouve pas dans les autres luttes armées. On aussi dans de nombreux cas un rapport à la mère assez singulier.

80% des djihadistes incarcérés en France sont de nationalité française

Êtes-vous préoccupé par vos motivations?

Ils diffèrent diffère de la personne. L’issue de l’étude, sur l’identification de sept profils assez distincts, dont chacun a ses propres motivations. Ce qui est certain, c’est qu’un des ressorts majeurs de l’engagement radical des djihadistes est désormais la socialisation sur Internet. Avant 2015, les djihadistes se réclamant par exemple d’Al-Quaïda s’engageaient dans une formation militante. Ils font partie de l’étranger ou s’adéraient à des partis ou à des associations radicales. Depuis 2015, sur le principe de liaison avec une génération qui socialise à la manière vertueuse des mondes sociaux. C’est le cas de 70 % du corpus que nous avons étudié. Sur un pourcentage important de gens qui n’ont jamais été dans des pays musulmans, ni en zone de guerre. Il y a une distorsion entre le combat dans lequel ils prétendent s’inscrire et leur connaissance réelle de cette lutte.

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Beaucoup de djihadistes ont-ils grandi dans des familles musulmanes pratiquantes ?

Pas obligatoire. Déjà, 80 % d’entre eux sont de nationalité française. Le djihadisme ne vient donc pas d’un effet migratoire. On constable également que 28% des personnes dont nous avons examiné les profils sont des convertis, qui étaient autrefois catholiques, protestants, voire juifs (un cas sur les 353 fiches consultées). Mais la majorité des djihadistes incarcérés restent aujourd’hui des « born-again », des gens issus de familles musulmanes non pratiquantes, des jeunes qui redécouvrent la religion.

Certaines fiches étudiées gcoonient-elles des Perpignanais ?

Il y en avait. Mais les Pyrénées-Orientales ne font pas partie des hauts lieux de la socialisation djihadiste. Le phénomène y reste moins prononcé qu’en région parisienne, dans le grand est, ou autour de Toulouse et de Lyon.

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