Cette nouvelle technique de lutte contre le ravageur et imaginée par l’EID Méditerranée et le Cirad a été dévoilée mardi à Prades-le-Lez (Hérault) où la première expérimentation passionnante a été menée cet été.

Il est désormais le plus grand ennemi public de nos étés. De mars à novembre, le moustique tigre a été le ravageur tué. Cet insecte urbain, arrivé en France il y a quinze ans, a colonisé plus de 60 % du territoire national. Et il continuera à étendre ses progrès inévitables. C’est comme ça.

Il ne voyage pas loin mais sa grande proximité avec l’homme rend la lutte contre sa prolifération très complexe. Il ne peut être éradiqué par des procédés chimiques qu’en cas de crainte de transmission de virus exotiques (dengue, chikungunya, etc.). La meilleure façon de s’en débarrasser, cependant, est d’éliminer l’eau. Mais la moindre goutte d’œufs d’Aedes albopictus permet la colonisation de tout un quartier… Une bataille presque perdue d’avance ? Non, car une expérimentation récente de l’EID Méditerranée et du Cirad suggère que l’on espère réguler la population de moustiques. Et selon Marlène Dupraz, chercheuse au Cirad, « les résultats sont prometteurs ».

Couplage uniquement

Les premiers résultats ont été présentés mardi depuis la mairie de Prades-le-Lez. L’expérimentation a été menée cet été, dans deux quartiers de la commune situés au nord de la ville de Montpellier, qui ont autorisé la réalisation de l’expérimentation.

La technique utilisée est l’insecte stérile. L’idée est assez simple : les moustiques lâchent des tigres stériles dans la nature pour qu’ils s’accouplent avec des femelles sauvages et les rendent ainsi stériles à leur tour. Les femmes sont les seules à faire pression sur les gens et elles ne vivent qu’une fois. Aucune progéniture n’est donc née de cette union. L’originalité de l’expérience de l’Hérault est qu’il a pu faire atterrir des moustiques mâles stériles au sol mais aussi grâce à un drone. Trois heures. Avec l’accord des propriétaires. Et toutes les autorisations législatives nécessaires.

A plus grande échelle

Tout cela est encourageant, mais le directeur général de l’EID, Bruno Tourre, a fait quelques mises en garde : « Il faut dix fois plus de moustiques mâles stériles que de moustiques femelles sauvages, et jusqu’à présent, il n’y a pas de production industrielle de masse ici ». Cependant, pour constater une baisse significative, il faudra davantage de lâcher de moustiques stériles.

Mais les chercheurs sont convaincus que c’est une bonne méthode « non invasif, complémentaire à tous nos efforts faits ailleurs », selon Bruno Tourre. Cette technique a mobilisé des fonds européens dans le cadre de deux projets Mosquarel et Revolinc. Un crédit de 150 000 € a été demandé pour l’expérimentation Pradean qui laisse espérer à terme réguler cette espèce invasive qui survit à nos nuits d’été.

L’inévitable prolifération

Au milieu s’appelle Aedes albopictus. Le moustique tigre, originaire d’Asie du Sud-Est, n’est arrivé en Europe qu’il y a une quarantaine d’années. Les premières traces de l’insecte ont été observées en Albanie en 1979. Il a ensuite atteint l’Italie dans les années 90 et franchi la frontière franco-italienne par Menton vers 2004-2005. Seize ans après son arrivée en France, le moustique tigre a colonisé 64 quartiers de la ville. Il se répand grâce au commerce international, notamment pour le transport de pneus réutilisables.

Il est particulièrement bien implanté dans le Sud de la France en Occitanie en Paca sur la côte Atlantique et le long de la Vallée du Rhône. Il ne faut pas le confondre avec notre moustique indigène le « culex pipens » qui vit dans nos zones humides que l’EID parvient à réguler grâce à leurs traitements. Mais il existe 3 578 espèces de moustiques dans le monde, dont 49 sur le littoral méditerranéen français. Seules une quinzaine de personnes peuvent mettre la main sur des personnes.

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