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Mes odyssées en Méditerranée | Origines de la langue maltaise : histoire d’un dialecte, devenue une langue

Lingwa Maltija, ilsien Malti, langue maltaise ou plus simplement Malti, «Maltais»


La langue maltaise en Tunisie a toujours été dans le passé une langue familière pour beaucoup de Tunisiens, et ce, par la présence de la communauté maltaise avant et pendant le protectorat français. En effet, la communauté maltaise en Tunisie était la deuxième communauté chrétienne après la sicilienne et son intégration avec la communauté locale s’est faite sans trop de difficultés. Cela était essentiellement dû à une culture assez similaire à la tunisienne plus particulièrement aux fortes ressemblances entre la langue maltaise et la langue tunisienne. il suffit d’assister aujourd’hui à une conversation entre un citoyen maltais et un citoyen tunisien pour se rendre tout de suite compte que la communication passe sans beaucoup de peine.

Mais d’où vient-elle cette langue maltaise ? Pour mieux comprendre l’origine de cet idiome, langue officielle de l’État de Malte, il faut remonter en arrière de quelques siècles.

D’un point de vue linguistique, le maltais est une langue appartenant à la famille chamito-sémitique, apparente aux langues parlées dans la région du Maghreb. C’est la seule variété « arabe mineure » à être reconnue comme langue nationale. Cependant, il est caractérisé par des éléments morphologiques et sémantiques propres aux langues romanes, en particulier le sicilien, acquis au cours de l’histoire, pendant la domination des Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean. En 476, avec la chute de l’Empire romain d’Occident, Malte était complètement latinisée, mais la conquête arabe – survenue trois siècles plus tard – a probablement dépeuplé presque complètement l’île, de sorte que les traces du maltais néo-latin se sont perdues.

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La langue maltaise actuelle provient en effet du dialecte arabe de Sicile ou du siculo-arabe, elle-même liée aux variétés vernaculaires parlées au Maghreb et en particulier dans l’actuelle Tunisie avec l’arabe tunisien. La disparition presque complète de la langue parlée avant le IXe siècle est attestée par l’absence de mots directement d’origine gréco-byzantine, punique ou surtout latine classique.

En 1091, avec la conquête normande, Malte fut attaquée et envahie par le comte normand de Sicile, Roger Ier. Les sseurs assiégèrent Médine, la principale colonie de l’île, mais les habitants réussirent à vaincre la paix, libérant les prisonniers chrétiens, prêtant serment d’allégeance à Roger et s’engageant à payer un tribut annuel.

L’attaque n’apporta pas de grands changements politiques, mais ouvrit la voie à la christianisation de Malte, commencée en 1127. C’est bien à ce moment-là que ce dialecte arabe a commencé à incorporer des éléments lexicaux et morphologiques des langues romanes, en particulier du sicilien et du latin médiéval. En outre, depuis lors, l’influence induite par l’importante émigration italienne vers les îles maltaises est évidente dans de nombreux aspects culturels et sociaux, comme la langue maltaise elle-même, qui s’avère n’être que partiellement sémitique puisqu’à propos 60% de lexique tenté de la langue sicilienne. Cependant, en 1240, un rapport, envoyé par l’abbé Gilbert à l’empereur Frédéric II, déclarait que les trois quarts des habitants de l’île étaient des «musulmans», qui parlaient évidemment leur dialecte arabe :

«… À Malte, il y avait 47 familles chrétiennes (chiffre probablement erroné), Sarrasins 681, Juifs 25; et à Gozo il y avait 203, Sarrasins 150 et Juifs 8. Au total, sur 1.119 familles, 250 étaient chrétiennes, 836 sarrasins, 33 juives. Les musulmans formaient donc les trois quarts de la population… L’expulsion des musulmans de Malte est donc postérieure à 1240 : peut-être même en 1245, quand d’autres musulmans de Sicile ont été proposés et envoyés à Lucera, ou encore en 1249 date transmise par l’historien Ibn Khaldoun »(voir Encyclopédie Treccani : Malte)

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Premières tentatives de codification d’une version écrite de la langue maltaise en un alphabet latin modifié ont eu lieu sous le règne des Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean, qui ont régné sur Malte de 1530 à 1798.

Le plus grand travail de systématisation fut cependant celui de Mikiel Anton Vassalli (1764-1829), qui publia en 1790 «Alfabet Malti Mfysser byl Malti u bit-Taljan», alphabet maltais expliqué en maltais et en italien, suivra en 1796 un premier dictionnaire (Lexique) en maltais et en 1827 la deuxième édition de la «Il Grammatika Maltija», ou grammaire maltaise.

Entre les deux Guerres mondiales, l’usage de la langue maltaise au lieu de l’italien très particulièrement à l’époque, fut au centre d’une question politique opposant le Parti nationaliste, d’orientation idéologique conservatrice et favorable au maintien de l’ ‘italien, et l’administration coloniale britannique, qui associait l’usage de la langue italienne aux revendications territoriales du régime fasciste et qui favorisait donc la langue maltaise – en mettant de plus en plus l’accent sur les mots d’origine arabe – au lieu de l’italien. C’est grâce, entre autres, à cette diatribe que la langue maternelle des Maltais s’imposera en 1934 comme langue officielle de l’État indépendant de Malte.

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