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« Mayday, il a une voie d’eau et est en train de couler » : comment le Cross Med fait face à toutes les alertes de Méditerranée

REPORTAGE. Noyades, naufrages, accidents de plongée ou disparition en mer : à La Garde, près de Toulon, opérateurs et officiers de quart veillent jour et nuit sur la grande bleue, pour déclencher et coordonner les opérations de secours, en forte hausse pendant la période estivale.

« Tout le monde va bien ? Vous voyez du monde autour de vous ? » Devant l’écran de son ordinateur, au Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de Méditerranée (Cross Med), l’opérateur échange directement par téléphone avec cette famille de cinq personnes, qui vient d’appeler à l’aide au large de La Grande Motte : le bateau de sept mètres qu’ils ont loué pour la journée vient de tomber en panne de moteur.

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Une salle high-tech qui surplombe la mer

Une opération très courante en ce mois de juillet 2023 dans cette salle high-tech, équipée de grandes baies vitrées, qui surplombe la grande bleue en haut d’une falaise de La Garde (Var), près de Toulon. En fond sonore, le canal 16 de la VHF, réservée aux appels radio d’urgence, mais où échangent aussi, en toutes les langues, des officiers de la marine marchande, à bord de navires parfois très lointains.

Léa, 30 ans, enseigne de vaisseau et officier de quart : « C’est un métier concret, on sauve des gens. »
Midi Libre – JEAN-MICHEL MART

« C’est un métier concret, qui a du sens au quotidien : on sauve des gens » explique Léa, 30 ans, lieutenant de vaisseau et officier de quart pour 24 h sur la « passerelle », où se relaient toutes les quatre heures les opérateurs qui vont faire face en direct à l’imprévu.

Le 196, le numéro d’urgence en mer que chacun doit connaître

C’est le numéro d’urgence que tous ceux qui prennent la mer devraient connaître : le 196 vous relie directement au Cross Med, qui est le mieux à même de porter secours à quiconque se retrouve en difficulté en Méditerranée. Il permet aux opérateurs du Cross de géocaliser très précisément le téléphone utilisé pour appeler, ce qui est précieux lorsqu’on est perdu ou en panique. Autre chiffre à retenir, celui du canal 16, sur la VHF, la radio très utilisée en mer, et qui transmet aussi immédiatement l’alerte aux navires les plus proches comme au Cross Med.

De la pointe de l’Espiguette à Cerbère

« On est sur une journée avec un reste de mistral et de tramontane qui faiblit, mais qui va se lever entre la Corse et les Alpes-Maritimes, ça peut être source d’événements, avec des ruptures de mouillages de bateaux, avec des plaisanciers à bord ou pas. » Sur notre littoral, le paysage est différent.

« Entre la pointe de l’Espiguette et Cerbère, on a beaucoup de loisirs nautiques avec des paddles, des planches à voile ou des kitesurfs. Avec le vent décollant (venant de terre NDLR), beaucoup de ceux qui ne maîtrisent pas suffisamment leur engin se retrouvent en difficulté et n’arrivent pas à revenir. C’est la problématique de ce secteur. »

De nombreux secours prêts à intervenir sur notre littoral.

De nombreux secours prêts à intervenir sur notre littoral.

Autre souci potentiel : « Beaucoup de plaisance en voilier ou vedette à moteur sur Port-Camargue et La Grande-Motte, et de jet-skis vers Valras ».

50 vedettes de la SNSM sur le littoral

C’est le Cross Med qui déclenche et coordonne toutes les opérations de secours, en déclenchant tous les moyens disponibles : la cinquantaine de stations de la SNSM, dont les vedettes sont manœuvrées par des bénévoles, qui sont opérationnels en 20 minutes, les hélicoptères de la Sécurité civile, postés dans les départements, et l’hélicoptère Dauphin de la Marine nationale, basé à Hyères.

Tous les moyens de secours du littoral méditerranéen peuvent être déclenchés par le Cross Med.

Tous les moyens de secours du littoral méditerranéen peuvent être déclenchés par le Cross Med.
Midi Libre – JEAN-MICHEL MART

« On priorise les opérations avec des vies en danger », qui s’enchaînent malheureusement depuis le début de l’été. « J’ai commencé l’été avec un jeune homme de 16 ans disparu à Canet dans la zone de baignade des 300 m » raconte Léa. On a mobilisé deux vedettes SNSM, un hélicoptère. Chercher un homme à la mer, c’est très dur, c’est une aiguille dans une botte de foin. »

Des corps découverts au large

Le corps sera retrouvé au bout de trois heures de recherches. Léa a aussi passé des heures à rechercher le propriétaire du jet-ski retrouvé à la dérive en rade d’Hyères. « On étudie la météo, les dérives, on se pose des tas de questions. Il faut faire marcher ses neurones pour faire ça bien. » Là encore, l’homme a été découvert mort en mer. En revanche les secours n’ont pas retrouvé celui de cette femme signalé par un véliplanchiste au large de Saint-Cyprien. « Selon lui, elle avait encore un pouls, il a essayé de la secourir mais a dû arrêter car il était entraîné vers le sud, et a eu du mal à rentrer. »

Une dizaine de disparus depuis 2022

Sur un panneau du Cross Med figure une liste d’une dizaine de disparus en mer depuis 2021, comme les deux marins du Sylphe, qui n’ont jamais été retrouvés.

15 h 30, la tension monte. « Le sémaphore du Cap Béar a reçu un mayday (SOS NDLR) par VHF pour une personne, il a une voie d’eau et est en train de couler. Depuis, ça ne répond plus. On n’a aucune localisation. »

Garder la tête froide

Pour les opérateurs, il faut garder la tête froide. « Les gens sont en panique et ne comprennent pas l’importance des questions qu’on leur pose, comme la couleur de leur bateau, alors que c’est très utile pour les localiser » explique Emilien, 27 ans, originaire de Perpignan, maître et opérateur de quart. « En Méditerranée, beaucoup de gens font de la plaisance sans se former, et ont beaucoup de naïveté face à la mer. À deux miles au large (3,5 km), les téléphones portables ne passent plus. Les gens ne savent pas communiquer et se positionner, alors que c’est vraiment la base. On est confrontés à l’insouciance des vacances: on a des jours avec dix personnes en panne d’essence sur leur bateau. »

Il est 16 h, la tension retombe. « Le sémaphore de Béar a eu contact avec le type qui était complètement éméché et qui a dit que tout allait bien. C’était le vin qui coulait, pas le bateau. »

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