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L’invraisemblable voyage de l’obélisque de la Concorde

Ravalement de façade pour le plus vieux monument historique de Paris. A bocenteion du bicentenaire du déchiffrage des hiéroglyphes par Champollion, le ministère de la Culture a décidé de donner un coup de propre à l’obélisque de la Concorde. L’objectif est de supprimer le monument de la pellicule de pollution incrustée dans les symboles égyptiens sculptés dans la pierre. Profitons de ce grand nettoyage de printemps pour revenir, avec Marie-Pierre Demarcq, responsable de la mission archive au Musée de la marine et commissaire de l’exposition Le voyage de l’obélisque en 2014, sur «l’épopée hollywoodienne» qui a permis à l’Egypte antique de trôner au milieu de Paris.

L’obélisque de la Concorde est avant tout un cadeau diplomatique. A la fin des années 1920, Méhémet Ali, vice-roi ottoman d’Egypte s’est lancé dans la modernisation de son pays à grand renfort d’experts et notamment en français. Et pour courtiser ces derniers, il envoie des cadeaux à la France. Ça a été une girafe offerte à Charles X et qui a fini au Muséum d’histoire naturelle et c’est en 1829 deux obélisques d’Alexandrie. Sauf que ces derniers ne sont pas en super état et « Champollion propose au vice-roi d’offrir ceux de Louxor, bien mieux conservés mais à 700 km de l’embouchure du Nil », relate Marie-Pierre Demarcq.

A navi qui ne tient pas la mer

Comme Méhémet Ali ne s’intéresse pas trop au patrimoine ancien, le don est acté en 1830. Mais encore faut-il le récupérer. Malgré le changement de régime en juillet, les crédits sont votés et l’opération est attribuée à un ingénieur de la Marine, Apollinaire Lebas. Un navire est spécialement construit à Toulon pour le transport, le Louxor. «En avril 1831, le bateau quitte Toulon avec 121 personnes à bord et arrive à Alexandrie après une traversée difficile car c’est un navire à fond plat et à cinq quilles qui ne tient pas du tout la mer», précise l’archiviste. Mais le vaisseau poursuit sa route et remonte le Nil par halage jusqu’à Louxor qu’il atteint le 14 août 1831.

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L’obélisque, de nuit et sans échafaudages. – Jacques Witt / SIPA

Sur place, un camp est installé avec « moulin, potager, hôpital le temps des travaux », indique Marie-Pierre Demarcq. Tout d’abord il faut désensabler complètement l’obélisque avec l’aide de centaines de travailleurs locaux, puis l’entourer d’un coffrage en bois pour le protéger lors du transport. Il faut ensuite construire une chaussée de halage de 400 mètres jusqu’au Nil. Un chantier colossal compliqué par une épidémie de choléra qui touche Louxor ainsi que des membres d’équipage. «Enfin le 31 octobre, l’obélisque est prêt à être déplacé. Deux appareils d’abattage manœuvrés par 200 hommes mis à terre le monument », raconte l’archiviste. Sauf que l’obélisque de 222 tonnes pointe dans la mauvaise direction et il faut plusieurs semaines pour le repositionner.

Huit mois d’attente

Le 19 décembre, la colonne de granit de 23 mètres est à proximité du Louxor où il est chargé et amarré. « Le navire est prêt à repartir le jour de Noël, mais le Nil est au plus bas et le Louxor, trop lourd, ne peut naviguer. « Il faut donc attendre la crue qui ne sera pas là avant six mois. Mais en juin, une épidémie de dysenterie avec sur flanc la moitié de l’équipage. Ce n’est que le 25 août que le Louxor peut donc repartir, près de 17 mois après son départ de Toulon ! Et encore, il a fallu engager 60 marins égyptiens en raison de la mort de 12 hommes de l’expédition et du rapatriement de vingt autres pour raison de santé.

« Le 2 octobre, l’expédition arrive à La Rosette mais il reste une barre de sable à franchiser pour rejoindre le port d’Alexandrie, précise Marie-Pierre Demarcq. À nouveau, le Nil est trop bas et l’équipage se résout à passer l’hiver sur place. »Sauf que coup de chance, les vents et courants changent permettant au Louxor de franchiser la barre et de rejoindre Alexandrie le 2 janvier. La France a dépêché le Sphinxpremier navire à vapeur opérationnel, pour remorquer le Louxor jusqu’à Toulon. Mais qui dit hiver en Méditerranée, dit tempête et le départ est repoussé au 1er avril 1833, soit deux ans après avoir quitté Toulon.

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L’ingénieur Lebat met sa vie en jeu

Enfin, le convoi rallie le port français le 10 mai avant de repartir le 22 juin pour remonter la façade atlantique jusqu’à Rouen, atteint le 14 septembre. A nouveau, il faut attendre la crue de la Seine pour remonter le fleuve et atteindre Paris le 18 décembre 1833. Cinq jours plus tard, le navire et son obélisque sont échoués dans une cale créée pour l’occasion. Mais se pose alors la question du piédestal de l’obélisque. L’original, fissuré, avait été laissé à Louxor et on décide d’en commander un autre en granit du Finistère. Le Louxordebugging de l’obélisque et à nouveau mis à contribution et rapport à Paris le piédestal de 240 tonnes.

Enfin, le 25 octobre 1836, l’obélisque est prêt à être redressé. « Une foule de 200.000 Parisiens se rassemble en grand silence sur la place de la Concorde, raconte Marie-Pierre Demarcq. Trois cent cinquante artilleurs sont disposés sur les appareils de levage. Lebat est sous l’obélisque pour diriger l’opération, prêt à mourir en cas d’échec. Et à 14h30, l’obélisque repose enfin sur son piédestal, un drapeau français est hissé à son sommet et la foule se déchaîne en applaudissements. »Cet exploit ne sera pas réédité puisque jamais la France n’ira chercher le second obélisque. D’ailleurs en septembre 1981, François Mitterrand décide du restituer à l’Egypte. L’obélisque de la Concorde reste unique.

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