Le Roi du Maroc, Mohamed VI, lors de son allocution le 6 du 46ème anniversaire de la Marche de la Marche Verte.AFP (AFP)

Il n’a jamais été facile pour la diplomatie espagnole de maintenir l’équilibre entre l’Algérie et le Maroc, les deux puissances qui se disputent l’hégémonie du Maghreb. Mais l’équilibre est quasiment impossible en raison de la montée des tensions entre les deux pays voisins, qui ont rompu les relations diplomatiques et ont déjà connu un incident armé : la mort de trois camions algériens bombardés au Sahara occidental le 1er novembre.

Au ministère espagnol des Affaires étrangères, le discours de Mohamed VI samedi dernier était un sujet de préoccupation, pas tant sur le sujet que sur le fond. Il était destiné à commémorer le 46e anniversaire de la Marche verte, qui a provoqué l’abandon du Sahara espagnol, et qui devait réaffirmer le caractère marocain de l’ancienne colonie espagnole. Mais le roi des Alaouites en a profité pour envoyer des messages d’avertissement à l’Espagne et à l’UE.

Se référant aux partenaires européens, le monarque a déclaré à ceux qui ont « des emplois incertains ou doubles [sobre el contencioso], que le Maroc ne prendra aucune mesure économique ou culturelle qui n’inclurait pas le Sahara marocain ». Cette annonce intervient après que le Tribunal de l’UE a annulé les accords de pêche et de commerce avec Rabat pour inclure les eaux et le territoire du Sahara occidental, qui ne reconnaît pas sa souveraineté.

Autre préoccupation, une autre phrase : « Nous sommes désormais en droit d’attendre des positions plus fortes et plus claires de nos partenaires sur l’intégrité territoriale du Royaume. C’est très similaire à ce qu’a fait, en janvier dernier, le chef de la diplomatie marocaine, Naser Burita, qui a exhorté les pays européens, dont l’Espagne, à « sortir de la zone de confort » et à se mouiller dans le conflit du Sahara en faveur de la thèse de Rabat. . La différence est que le Maroc a tenu à profiter de la reconnaissance par le président Trump de la marocanité saharienne, un mois plus tôt. Puis est survenue la grave crise diplomatique qui a incité l’hôte à décider d’héberger le Polisario pour faire face au crime, mais Rabat est revenu sur le devant de la scène et fait à nouveau pression sur l’Europe pour qu’elle modifie sa politique sur le Sahara.

Les paroles aimables de Mohamed VI semblent avoir été soufflées. Le 20 août, dans un discours inattendu, il a exprimé sa volonté d’« amorcer une étape sans précédent » dans les relations bilatérales avec l’Espagne ; et le 12 octobre, à l’occasion de la fête nationale espagnole, il l’a félicité pour les « excellentes relations » entre les deux pays. Cependant, le Maroc n’a pas encore pris de mesures pour normaliser les relations : il n’a pas renvoyé son ambassadeur à Madrid, il a appelé à des consultations en mai, les frontières avec Ceuta et Melillla n’ont pas été rouvertes, et le premier voyage à Rabat est toujours en attente. le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares.

Le facteur qui vient assombrir le panorama est l’escalade des tensions entre l’Algérie et le Maroc, et l’Espagne risque de se retrouver piégée. Après la rupture des relations diplomatiques, l’Algérie a décidé de fermer le gazoduc Maghreb-Europe (GME), qui transporte 6 000 mètres cubes de gaz par an vers l’Espagne via le Maroc. Le plus touché par Rabat, qui a perdu 7% de gaz laissé à péage, et le second l’Espagne, qui doit le couvrir avec du gaz liquéfié, forcément plus cher, est le déficit gazier en pleine escalade des prix et à la veille de l’hiver. L’Algérie s’est engagée à augmenter la capacité de Medgaz, le tube qui relie la côte du pays du Maghreb à la côte américaine, de 8.000 à 10.000 mètres cubes, mais cela ne comble pas le vide laissé par GME.

De la guerre du gaz à la guerre des armées, deux camions algériens ont atterri à proximité de Bir Lehlu, un village situé au Sahara occidental, en dehors de la zone fortifiée contrôlée par le Maroc, sur la route entre la Mauritanie et l’Algérie. Des sources de renseignement espagnoles confirment que l’attaque a eu lieu avec des drones et sont fortement suspectées d’une erreur.

Les sources consultées sont convaincues que la crise ne s’aggravera pas, mais préviennent que la situation est « très dangereuse ». Les deux pays sont plongés dans une course aux armements depuis des années et, après avoir reconnu l’État d’Israël, le Maroc a acquis des équipements sophistiqués d’origine israélienne qui ont aidé à équilibrer l’avantage militaire traditionnel de l’Algérie, qui a agi comme un moyen de dissuasion.

Bien que personne n’ait appelé à l’intervention de la diplomatie espagnole, il aurait réussi s’il avait réussi à donner un siège aux ministres des deux pays dans le forum de l’Union pour la Méditerranée (UPM) prévu le 29 novembre à Barcelone.

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