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L’analyse du politologue Michel Crespy : « Emmanuel Macron n’a pas percé en Occitanie »

L’homme politique montpelliérain Michel Crespy a décrypté les premières résolutions de la tournée présidentielle, tant au plan national que régional.

Comment observez-vous ces résultats du premier tour ?

La première surprise, c’est qu’il n’y a pas de surprise. Macron fait mieux que ce qui était annoncé dans les sondages. Le constat, c’est ce qu’on sentait venir depuis des semaines et des mois, c’est l’effondrement des partis traditionnels. Il n’y a pas un seul canton, dans notre région d’Occitanie, où Pécresse ou Hidalgo est majoritaire. Passez un sceau. Ils étaient les deux partis dominants il y a encore quelques années, ceux qui ont gagné des élections municipales. Ils font 10% au total à la présidentielle alors qu’ils font 70% à eux deux il y a 20 ans. La nouvelle donne politique, qui a commencé il y a cinq ans et qui se confirme cette année, l’opposition entre Macron et l’extrême droite.

Même pas Mélenchon ?

Mélenchon est à 20 %. C’est très loin de pouvoir réunir une majorité. C’est pas mal de son côté, mais où sont ses réserves ? S’il avait, par je ne sais quel miracle dévancé Le Pen et s’était retrouvé au second tour, il n’aurait aucune réserve de voix. C’est aussi un effondrement de la gauche. Ce que Macron a essayé d’installer, est en train de se réaliser : une espèce de face-à-face entre ceux que Macron appelle les progressistes et l’extrême droite. C’est à ça que se résout la vie politique française. Il y a 5 ans, on suppose que c’était une exception, c’est aujourd’hui en train de s’installer. Au détriment du clivage gauche-droite traditionnel.

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Quand on regarde les résultats en Occitanie, on constate que Macron ne convainc pas.

Tout à fait. Il est fort dans l’Aveyron, la montagne si j’ose dire. Le reste du temps, il arrive derrière. L’Occitanie se caractérise, par rapport aux autres régions, par une opposition entre Mélenchon et Le Pen. Macron arrive en 3e position. Ce qui est un cas atypique dans le reste de la France.

Cela veut-il dire que nous restons, dans notre région, sur une bipolarisation traditionnelle gauche élargie-extrême droite ?

On peut dire cela, assez largement si l’on considère que Mélenchon regroupe l’ensemble de la gauche. Et si on note que la droite traditionnelle a toujours été faible et qu’elle est supplantée par l’extrême droite effectivement. Nous avons toute la Camargue qui est plutôt extrême droite, l’Aude et les Pyrénées-Orientales qui sont extrême droite. Tout le nord de Montpellier est Mélenchon, avec tout le sud de Toulouse.

Comment expliquer cette originalité par rapport à la situation nationale ?

L’extrême droite a toujours été forte dans la région, puisque sa zone de force initiale est la Méditerranée. Depuis Poujade, il y a 70 ans, elle a toujours été un bastion d’extrême-droite. C’est dans un second temps qu’il y a eu une espèce de seconde extrême droite qui a conquis le nord et le nord-est de la France. Et puis, en face, il y a une vieille tradition, qui était socialiste et communiste, et qui est maintenant mélenchoniste, dans la mesure où socialisme et communisme, les deux partis traditionnels, se sont effondrés. Il y a de nouveaux noms pour des tendances anciennes.

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Cela veut-il dire que notre région ne vit pas la recomposition nationale ?

Non, je ne dirai pas ça. À l’heure actuelle, il y a trois forces en France. Il y a l’extrême droite, qui, entre Le Pen et Zemmour, se regroupe, en gros, un tiers de la population. Il y a un centre droit autour de Macron, qui a complètement supplanté LR, qui fait un second tiers. Et puis il y a un dernier tiers, ou quart, qui regroupe l’ensemble de la gauche. C’est ça le nouveau paysage politique. C’est plus une mutation des oppositions traditionnelles qu’une recomposition complètement différente. La grosse nouveauté, c’est la force de l’extrême droite. On n’a jamais vu ça en France. Si Zemmour n’avait pas été candidat, Le Pen aurait été à plus de 30%.

Dans notre région, on reste sur la bipolarisation traditionnelle.

Oui, si l’on veut. Si vous me dites que Macron n’a pas été percé, oui c’est vrai Mais il a plein de députés. Les gardera-t-il après les prochaines élections législatives ? On verra bien. C’est une autre histoire.

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