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La crise de la mer Rouge profite au Maroc, par Enric Juliana

La crise sécuritaire en mer Rouge est particulièrement préjudiciable à l’Europe, dans la mesure où elle a réduit de près de moitié le trafic du canal de Suez, grande artère artificielle de la modernité avec le canal de Panama. Cette crise a aussi des gagnants, et le Maroc, pour l’instant, en fait partie. Voyons pourquoi.

Le trafic par Suez a déjà chuté de 45 %. De nombreuses compagnies maritimes, pétrolières et gazières ont décidé de détourner leurs navires par la route du Cap de Bonne Espérance (Afrique du Sud) en raison de la possibilité d’être attaquées par les milices houthies (chiites) dans l’étroit détroit de Bab el Mandeb ou dans le golfe d’Aden. Vendredi dernier, malgré une escorte militaire, le pétrolier britannique Martin Luanda a été touché par un missile balistique qui a provoqué un énorme incendie à bord. Les compagnies ont peur, les assurances sont devenues plus chères et les taux ont augmenté plus que les coûts, comme nous l’avons rapporté hier. La Vanguardia.


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Les coûts ont augmenté de 21% et les taux de fret de 150%. Les compagnies maritimes profitent de la crise pour augmenter leurs profits et améliorer leur capitalisation boursière. Ils recherchent des ports bon marché, efficaces et bien situés pour servir de base logistique sur la nouvelle route. Et le Maroc les a : Casablanca et Tanger Med, en particulier Tanger Med sur la rive sud du détroit de Gibraltar. La Méditerranée orientale est désormais trop éloignée. C’est la revanche de la géographie et des os de l’ingénieur. Ferdinand de Lesseps le créateur du canal de Suez, sont retournés dans sa tombe au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

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Le trafic commercial désormais détourné via l’Afrique opte pour les ports marocains, moins chers.

« Tanger est aujourd’hui le port qui monte », soulignent des sources du secteur qui suivent la crise de la Mer Rouge à la minute près. Tanger Med, l’un des grands paris stratégiques du Maroc au début du siècle, s’était déjà positionné fin 2023 comme le premier port méditerranéen en trafic de conteneurs, dépassant Algésiras, Valence et Barcelone. Les clés du succès sont les suivantes : le détroit de Gibraltar, une situation privilégiée entre l’Atlantique et la Méditerranée, entre l’Afrique et l’Europe, des installations de grande capacité, des salaires et des coûts environnementaux moins élevés, autant de circonstances qui favorisent des tarifs plus compétitifs que ceux du port voisin d’Algésiras.

Tanger Med, à vingt kilomètres de Ceuta, est un bon port de transbordement de marchandises, vers l’Europe du Nord et vers les ports de la Méditerranée centrale et orientale, aujourd’hui estompés sur la carte. Tanger Med est un hub à la hausse. A tel point que le Royaume du Maroc encourage la construction d’un autre grand port commercial à Nador, à 50 kilomètres de Melilla. La stratégie semble claire : favoriser la création de deux grandes zones d’activité économique sur le territoire marocain, tout près des villes espagnoles de Ceuta et Melilla. Cette stratégie bénéficie aujourd’hui de la crise de la mer Rouge, dont la durée est imprévisible.

Les routes maritimes

Routes maritimes

Les principales victimes de l’étranglement partiel de la route de Suez sont les ports de la Méditerranée centrale et orientale. Gênes, Gioia Tauro, Malte, Trieste sur l’Adriatique, le port historique de l’Empire austro-hongrois, le port grec du Pirée, connecté à l’axe ferroviaire est-européen. Ces routes sont désormais éloignées d’un détroit de Gibraltar réévalué. Les ports de la Méditerranée occidentale s’en sortent mieux, indiquent des sources du secteur. Les chiffres pour Algésiras, Valence et Barcelone ne sont pas mauvais. « C’est le tableau de janvier, un tableau mouvant », préviennent-elles.

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Le port de Tanger Med, le grand pari marocain, monte en puissance et dépasse déjà Algésiras et Valence.

La nervosité règne en Italie, un pays qui envoie 40 % de ses exportations en Extrême-Orient et qui doit importer du gaz naturel liquéfié de différents pays, dont l’émirat du Qatar, pour compenser sa renonciation au gaz russe bon marché (l’Italie a vu avant-hier l’annulation d’une cargaison de gaz qatari destinée à une usine de regazéification dans l’Adriatique). Trieste, port très convoité par la Chine pendant l’idylle Rome-Pékin (2018-2021), pourrait perdre de sa valeur stratégique. L’ancienne route vénitienne est aujourd’hui trop éloignée. L’institut italien Ipsi, dédié à l’étude des relations internationales, prévoit que la crise de la mer Rouge se traduira par deux points d’inflation supplémentaires pour l’Union européenne. Il n’est donc pas surprenant qu’en quelques semaines, le gouvernement italien soit devenu l’un des principaux défenseurs d’une opération militaire européenne en mer Rouge. Une opération à laquelle le gouvernement espagnol n’a pas l’intention de participer.

Le Maroc gagne en poids logistique et donc en pouvoir politique. La situation est paradoxale. L’étranglement de Bab el Mandeb profite au port moderne de Tanger et la guerre de Gaza empêche d’afficher publiquement les bonnes relations entre le Maroc et Israël, qui sont favorisées par la politique de l’Union européenne. Donald Trump dans les derniers jours de son mandat en 2020. En échange du rétablissement complet des relations diplomatiques entre les deux pays, Israël a reconnu unilatéralement la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Israël est aujourd’hui un important fournisseur d’armes et de systèmes de sécurité pour le Maroc et rien n’indique que la guerre de Gaza porte atteinte à ce lien, malgré les sympathies pro-palestiniennes du peuple marocain.

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