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« Jusqu’ici la France a toujours tenté de gagner la guerre avant la guerre »

La guerre est déclarée. Après des semaines de tensions entre Kiev et Moscou, Vladimir Poutine a lancé l’offensive en Ukraine peu avant 6 heures du matin, heure russe. Alors qu’Emmanuel Macron semble avoir agité tous ses outils diplomatiques pour empêcher un conflit armé, ce jeudi une guerre est bien en marche à moins de moins de 3.000 km de nos frontières. Dans ce contexte de tensions, le député LR de la 3e circonscription de Seine-et-Marne, Jean-Louis Thiériot, a présenté un rapport d’information sur les «nouveaux conflits» à l’Assemblée nationale mi-février. Force frappe de nos armées, cyberattaques et risques pour nos frontières, 20 minutes a interviewé l’avocat, essayiste et homme politique français.

Vous êtes le corapporteur, avec la députée Patricia Mirallès, d’un rapport d’information sur la «préparation à la haute intensité». Quelle est cette notion de « haute intensité », dont vous faites mention ?

La « haute intensité » définit un conflit majeur, utilisant des armements mais surtout, et c’est toute la nuance, des conflits plus pendants après des décennies de combat dits « asymétriques ». Dans ces affrontements la supériorité aérienne ne fait plus foi et, bien souvent, on dénombre de lourdes pertes de munitions et de matériels pour tous les pays engagés.

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Ce texte indique que la France doit se préparer à des «conflits importants». Qu’entendez-vous par cela ?

Le monde devient de plus en plus dangereux. A cet effet, on voit éclore de nombreux conflits gelés qui peuvent devenir explosifs comme avec la Grèce et la Turquie en Méditerranée ou encore dans la région du Pacifique, avec les tensions à Taïwan. Mais, on note aussi que l’usage de la force se fait de manière de plus en plus décomplexée. Ce qui se passe entre l’Ukraine et la Russie en est le parfait exemple. Dans ce contexte de montée des tensions, la France peut-être amenée à s’engager dans ces conflits, pour protéger ses intérêts propres.

La France est-elle, selon vous, dépassée sur le plan stratégique et militaire ?

Sur le stratégique, non. Nous utilisons toujours la méthode de la dissuasion en premier plan et plus largement nous tentons toujours de gagner la guerre avant la guerre. Notre faiblesse, c’est que nous sommes une armée dite « échantillonnaire ». Nous avons trop peu de chaque chose. Trop peu d’hommes, trop peu d’équipements ou encore trop peu de capacité d’entraînement.

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Quelles sont les « pratiques hybrides » que vous mentionnez dans votre texte ?

C’est l’usage d’une série de moyens qui se trouve au-dessous du seuil de la guerre ouverte intégrée, traditionnellement, de blindés et d’avions. Il s’agit d’attaques cyber non revendiquées, de manipulation de l’opinion publique par de fausses nouvelles, d’arsenalisation des dépendances, notamment économiques ou encore de l’instrumentalisation du droit. On sort clairement du champ de conflictualité terre, air, mer pour gagner le cyber et le spatial.

La Russie at-elle recours à ces pratiques ?

Complémentaire. Ce qui se passe dans le Donbass depuis des semaines en est la preuve. Attaques informatiques, fausses rumeurs de bombardements etc. L’utilisation de ces pratiques hybrides par la Russie visait jusqu’alors à brouiller au maximum ses intentions d’entrer en guerre avec l’Ukraine.

La guerre qui vient d’éclater justement entre l’Ukraine et la Russie, peut-elle arriver jusqu’à la frontière de la France selon vous ?

Au sens militaire et à court terme, non. En revanche, la France peut subir le contre-coût des sanctions qu’elle applique à la Russie avec notamment un impact sur les prix de l’énergie. De plus, si nous soutenons l’Ukraine, sur le plan armé, nous pouvons être soumis à des assauts hybrides, justement. La Russie peut tenter de nous menacer en réalisant une cyberattaque sur les logiciels de nos hôpitaux, par exemple. Si pour le moment, Moscou ne peut pas nous empêcher de dormir sur nos deux oreilles, il faudra cependant peut-être revoir notre copie si elle arrive aux frontières de la Pologne et de la Lituanie. A ce moment-là, ce sera une autre histoire.

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