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Journée d’hommage aux harkis : « Attester des conditions de vie et de la réalité de la relégation des harkis »

Le camp de Rivesaltes est au cœur des tragédies du XXe siècle. Après avoir acquielí les réfugiés de la guerre d’Espagne, les juifs et les siganes pendant la 2ème guerre mondiale, c’est là qu’ont été installés les harkis à la fin de la guerre d’Algérie. Céline Sala-Pons, directrice du mémorial de Rivesaltes, explique le contexte historique et le rôle du mémorial.

Nous commémorons en ce 25 septembre la journée nationale d’hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives. A quoi correspond cette date ?

Le cessez-le-feu du 19 mars est une date particulière et souffrante : les accords d’Évian se sont finalement terminés à sept années de guerre et à plus de 130 ans de colonisation, cependant les violences contre les harkis se poursuivent. Les rapatriements clandestins, organisés par d’anciens SAS, sont rapidement interdits dans une série de notes émises par le ministre d’État des Affaires algériennes, Louis Joxe. Les rapatriements officiels débuteront plusieurs semaines plus tard. L’instauration d’une journée de commémoration nationale par Jacques Chirac en 2003 a conduit au choix d’une date sans lien avec les grands événements traumatisants de la guerre : le 25 septembre.

Qui sont les Harkis et combien par passent Rivesaltes ou des camps similaires ?

Les harkis sont des autochtones d’Algérie, arabo-berbères, engagés ou enrôlés pendant la guerre d’Algérie pour combattre aux côtes des Français. On estime aujourd’hui à plus de 200 000 l’ensemble de ces supplétifs et auxiliaires. Les raisons de leur engagement sont diverses, mais à la suite des accords d’Évian, qui prévoyaient de les protéger, tous seront désarmés et démobilisés. Les violentes représailles qui s’ensuivent aménent près de 90 000 harkis et membres de leur famille à traverser la Méditerranée au cours de l’année 1962, souvent via des filières clandestines ou semi-clandestines. La moitie transitera par des camps : d’abord le camp du Larzac, en mai 1962, puis d’autres comme Rivesaltes, Bias, ou encore Saint-Maurice l’Ardoise.

La précarité et l’insalubrité étaient en de mise.

Les conditions de vie dans le camp sont-elles similaires aux périodes d’internement précédentes ?

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Chaque période du camp de Rivesaltes est singulière et la relégation des harkis ne ressemble ni à l’internement des Espagnols ou des juifs des années 1940, ni à la vie en centre de rétention. En 1962, à l’arrivée des harkis, le camp est composé d’anciennes baraques et de 800 tentes militaires. Au fil des mois, les hommes sont mis à contribution pour reconstruire les baraques. La précarité et l’insalubrite restent cependant de mise, et on compte environ 140 décés sur ces deux années et demi. On retrouve aujourd’hui des familles descendantes de harkis dans toute la France.

Dans quelles circonstances ont-ils pu quitter les camps comment ont-ils été répartis sur le territoire ?

La craine des autorités françaises étant de ne pas maîtriser ce groupe de population, leur intégration a été soigneusement contrôlée. Pour quitter le camp, le chef de famille devait attester avoir accepté un travail et un logement. Les hameaux de forestage, usines et grandes entreprises ont donc été recrutés directement depuis les camps.

Kader Goutta, visite la cité du Réart avant sa démolition.
L’INDÉPENDANT – MICHEL CLEMENTZ

Vous mentionnez la période 1962-1964, mais certaines familles locales, disent être restées près de 15 ans au camp. Comment l’explicateur ?

Les années de fonctionnement du camp en tant que lieu de relégation pour les familles harkis sont en effet suivies de l’ouverture d’un hameau forestier et d’un village civil, puis en 1976, de la construction de la ville de Réart. 25 familles de harkis restent ainsi à Rivesaltes de nombreuses années, et certaines y passent toute leur enfance, voire leur vie. Le mode de vie en communauté homogène à la périphérie de la commune contribue à leur isolement et à leur marginalisation.

En mars 1963, les tentes sont remplacées par des casernes.

Les liens entre la guerre d’Algérie et le camp de Rivesaltes semblent s’étendre à d’autres groupes de population. De qui s’agit-il ?

Avant l’arrivée des familles de harkis, d’autres groupes de transit à Rivesaltes. Le camp est divisé en îlots, et différentes ministères se divisent les responsabilités : ministères des Armées, de la Justice, de l’Intérieur, du Travail… Sur la durée de la guerre, environ 10 000 appelés transitent à Rivesaltes avant leur départ vers l’Algérie. Un centre de formation pour les Nord-africains est ouvert en 1951 afin d’accélérer l’intégration par les métiers du bâtiment, et un centre militaire favorise l’incorporation sous les drapeaux. Dans les premiers mois de 1962, 527 prisonniers FLN sont incarcérés dans deux îlots transformés en centre pénitentiaire. Les familles de harkis, 22000 personnes dont environ la moitié d’enfants, arrivent peu de temps après.

Les archives de l’Indépendant sont peu bavardes sur cette période. Quels étaient en les rapports entre les autorités du camp et la presse ?

Les journalistes ne sont pas les bienvenus en 1962 au Camp de Rivesaltes. Dès les semaines qui ont suivi l’ouverture, des différences de rapports, des autorités militaires, dénoncent les conditions de vie. L’indignité de l’accueil est donc connue, et jusqu’au mois de mars 1963, date à laquelle toutes les tentes ont été remplacées par des baraques, la presse n’est pas invitée à visiter. Certains journalistes y sont toutefois parvenus puisque de nombreuses photos ont été prises par l’Indépendant.

La question de l’indemnisation et de la reconnaissance des harkis est très débattue actuellement. Le Mémorial du Camp de Rivesaltes est-il consulté sur ces questions ?

La mission du Mémorial est de donner à voir et à comprendre l’histoire des populations passées par le camp de Rivesaltes. C’est aussi un espace de dialogue et de réparation pour les associations et les acteurs de la société civile. Le Mémorial ne participe pas aux discussions politiques, mais peut permettre d’attester des conditions de vie et de la réalité de la relégation des harkis. C’est ce qu’est venu observer la Commission presidente par Jean-Marie Bockel le 20 juillet dernier.

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