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Faut-il s’attendre à de plus en plus de microalgues toxiques sur les côtes françaises ?

Des eaux colorées rouge-marron…. Voilà à quoi on repère la présence en grande quantité de la Lingulodinium polyèdre, une microalgue toxique qui s’invite de plus en plus au large du littoral sud-breton. «On la sait présente presque tous les ans en petite quantité, invisible à l’œil nu, commence Maud Lemoine, biologiste à l’Ifremer et coordinatrice nationale du Gamme de surveillance Rephy-Refytox, phytoplancton suvei charms dans nos eaux. Mais nous avons aussi observé, certaines années, de plus grandes concentrations, de l’ordre de plusieurs centaines de milliers de cellules par litre. C’était le cas en 2003, puis en août dernier, et ces dernières encore semaines. »

Ces tirettes sont appelées bloom ou efflorescences. C’est la première fois qu’elles sont produites deux années de suite sur cette microalgue au large de la Bretagne.

Prix ​​image le 13 mai dernier, par le satellite de l’Agence spatiale européenne Sentinel-2, montre des traces d’eaux colées au large des côtes de bretagne sud dues à une efflorescence de la microalgue Lingulodinium polydra. – @Pierre Gernez / ISOMer / Nantes Université

Une microalgue sous surveillance étroite

Inquiétant ? La Lingulodinium polyedra libère la ouisotoxine, une toxine qui contamine les coquillages qui se nourrissent de cette microalgue, puis qui peut avoir des effets indésirables, pour l’instant méconnu, sur ceux qui les consomment. « Pour l’instant, les concentrations sont largement inférieures au seuil réglementaire au-delà de l’État peuvent demander la fermeture d’une zone de conchyliculture », Reprend Maud Lemoine.

A l’Ifremer, la Lingulodinium suivie polyedra reste tout de même de près. Ne serait-ce parce que les intoxications ne sont pas la seule conséquence. « Comme d’autres microalgues, la Lingulodinium polyedra pourrit rapidement, consommée par des bactéries marines qui, en se faisant, vont utiliser l’oxygène de l’eau », adoptez Maud Lemoine. Le risque est alors celui de l‘hypoxie, soit la réduction de la teneur en oxygène de l’eau, ne pâtissent pas les organismes marins vivants à proximité. A commencer par ceux qui se déplacent trop lentement pour y éviter.

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Essentielles à la vie, mais certaines avec un côté face

La Lingulodinium polyedra n’est qu’un exemple de ces microalgues qui se plaisent de plus en plus le long de nos côtes. A l’échelle du globe, il y aurait près de 100.000 espèces de microalgues, « dont 5.000 qu’on connaît très bien », précise Philippe Hess, responsable de l’unité de recherche Phytox*, intégrée en mars à l’Ifremer pour mieux comprendre le fonctionnement de ces microalgues.

D’un côté, elles sont essentielles à la vie en mer et sur terre. « Elles produi- sent moins de l’oxygène sur la planète et sont à la base de la chaîne alimentaire de l’océan », reprend Philippe Hess. De l’autre, elles peuvent être toxiques pour l’homme et/ou nuisibles pour la biodiversité marine. Sur ces 5.000 espèces connues, 175 ont ce côté face. « Elles peuvent engendrer des mortalités de poissons ou de coquillages, des problèmes respiratoires ou cutanés chez des baigneurs ou des travailleurs en contact régulier avec la mer, ou encore des intoxications alimentaires via la consommation de coquillages », liste Philippe Hess. Jusqu’à nécessiter la fermeture de zones de baignade ou de production conchylicole. Si vous avez des impacts sanitaires et environnementaux, vous aurez également des avantages économiques et économiques potentiels.

L’ostreopsis, des eaux tropicales au Pays basque

Une menace grandissante due au changement climatique ? « Nous ne considérons pas de preuves suffisantes pour affirmer qu’il y aura globalement plus de microalgues toxiques sur nos côtes dans le futur, répond Philippe Hess. La situation variera selon les années, avec des régions plus impactées et d’autres épargnées. » En revanche, ces dernières années, les scientifiques de l’Ifremer observent l’apparition de microalgues toxiques, normalement tropicales, dans les eaux métropolitaines mais tempérées.

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Un exemplaire marquant est l’ostreopsis ovata, bien connue des Basques désormais. Toxine qu’elle sécrète, la palytoxine, a provoqué des cas de difficultés respiratoires chez les baigneurs et surfeurs l’été dernier. «Plusieurs plages ont dû être fermées et 800 personnes ont déclaré au centre antipoison du CHU de Bordeaux des symptômes d’intoxication », rappelle Philippe Hess. Rien ne permet de dire que la microalgue fera encore des siennes dans le Golfe de Gascogne, reprend le scientifique. Mais de l’autre côté des Pyrénées, en Méditerranée, l’Ostreopsis ovata est désormais bien installé. « Elle est arrivée au début des années 2000, à la faveur du réchauffement de l’eau, reprend Philippe Hess. Cette présence répétée peut être vue comme un témoin de la « tropicalisation » rapide de cette mer semi-fermée. » Là encore, les baigneurs en font les frais. «Mais nous avons aussi constaté des mortalités d’oursins et d’autres animaux vivants sur le fond marin», prenez l’expert.

D’autres microalgues sont dans le collimateur de l’Ifremer. Certaines, les encore, sont maintenant dans les eaux. Comme Dinophysis, présente de la Manche au golfe de Gascogne, et dont la toxine contamine les coquillages, provoque la diarrhée et autres risques sanitaires chez qui les mangent. L’été dernier, 20 événements toxiques la cause ont été enregistrés en France métropolitaine, engendrant des fermetures d’exploitations conchylicoles. C’était 38 un an plus tôt, 24 en 2019, 36 en 2018… Autrement dit, les années se configurent et ne se ressemblent pas toujours avec ces micro-algues. En revanche, «Dinophysis a la particularité de pouvoir se nourrir par la photosynthèse et en gérant d’autres microalgues, ce qui la rend très adaptable au changement climatique», raconte Philippe Hess. Autrement dit, on est loin de s’en débarrasser, l’Ifremer prévoyant au contraire des efflorescences au moins jusqu’en 2100, quel que soit le scénario climatique.

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En attendant la Gambierdiscus?

Il est aussi à craindre que de nouvelles microalgues toxiques ne gagnent nos eaux à l’avenir, toujours à la faveur du réchauffement climatique. Philippe Hess cite la Gambier discusqui doit son nom aux îles Gambier, au beau milieu du Pacifique, où elle est apparue. Microalgue géographique répartition ne cesse de progresser, en faveur de l’acidification des océans, autre conséquence du changement climatique. « Des cas ont d’ores et déjà été signés aux Canaries, à Madère, aux Açores, liste Philippe Hess. Et on en trouve aussi, à de faibles concentrations, en Méditerranée. »Dans son sillage, Gambierdiscus apporte la ciguatera, une intoxication alimentaire produite par la consommation de poissons et de fruits de mer contaminée par la toxine de la microalgue. Elle provoque des troubles digestifs, neurologiques et cardiovasculaires. Pas une bonne nouvelle, donc.

Ces proliférations de microalgues toxiques ne sont pas simples, voire impossibles à contrer. Tout l’enjeu, en revanche, est d’apprendre à s’y adapter, glisse Philippe Hess. Ce qui implique, en plus, de les surveiller et de les étudier, pour comprendre leur fonctionnement, leurs interactions avec les autres organismes marins vivants, la biodiversité chimique des toxines qu’elles produisent et leurs conséquences sur l’homme et ses activités. C’est tout l’objet de cette nouvelle unité de recherche Phytox.

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