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Ergs sahariens sur les rives de l’Atlantique, par Raimon Portell

L’asphalte se termine à Paulino Neves. À partir de ce village, le terrain se rétrécit et devient un coin de sable entre le fleuve Preguiças et l’océan Atlantique. Marzinho, qui s’y connaît, choisit comme piste cette bande humide où les vagues se sont retirées et met la pédale douce car la mer monte déjà. Les restes de branches de vieux palétuviers pointent dans le sable. Le vent transporte de l’écume blanche. De temps en temps, le sable s’adoucit et le véhicule tout-terrain vacille. Et c’est à peine s’il nous reste une piste que nous atteignons enfin Caburé.

Aujourd’hui, les cabanes de pêcheurs aux murs de briques et aux toits de chaume accueillent quelques touristes. Le banc de sable s’est tellement rétréci qu’en quelques pas, on passe de l’Atlantique à la rivière, c’est-à-dire du clapotis des vagues aux forts courants du Preguiças, qui tire fortement malgré son nom signifiant « paresse ». Et après la baignade, on me sert le fameux riz à l’huile d’olive. vinagreira et des crevettes.

Le vent peigne le sable et le laisse comme un drap froissé, en longs cordons de fines lunes protégeant une lagune émeraude.

Le lendemain matin, nous remontons le fleuve en bateau. Mozart, le timonier, s’appelle Mozart. Sur les berges, les palétuviers multiplient leurs racines aériennes avant de s’enfoncer dans l’eau et la vase. Des hérons blancs se reposent entre leurs branches, ainsi que de rares iguanes. Des macaques sautent à la recherche de crabes et l’un d’eux tente de me voler mon appareil photo lorsque nous nous arrêtons sous une dune. C’est un univers en lutte, avec des montagnes de sable qui mangent les mangroves, des lagunes, des petits villages avec des palmiers et des huttes, des virages, des méandres, et toujours la menace de l’océan avec ses vagues et ses marées, et son vent incessant. Enduit de crème solaire, je ressemble bientôt à une croquette, avec sa pâte salée et croustillante. Sur le vert fermé de la jungle, des caracaras bronzés volent et guarás -l’ibis écarlate- d’un rouge enragé.

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Enfin, après des virages et des virages, nous avons atteint Barreirinhas, avec ses rues animées et ses murs colorés, avec ses vélos, ses badauds et ses boutiques. Et aussi une petite piste d’atterrissage avec un petit avion. Un cadeau qui me permet de survoler la région. lençois. Les alizés, obstinément têtus, poussent et repoussent le sable de la côte vers l’intérieur des terres et l’empilent en dunes pouvant atteindre quarante mètres de haut. Ce serait un de ces ergs sahariens, s’il ne pleuvait pas trois cents fois plus au Brésil. Et c’est du ciel que l’on comprend comment le vent marin a peigné le sable et l’a laissé ainsi, comme un drap froissé, disposé en longs chapelets de fines lunes, chacune protégeant dans sa faucille une lagune vert émeraude.


Vue aérienne des maranhenses de Lençois.

CESAR OKADA

Avant d’atterrir, l’avion léger passe au-dessus de la piste, au cas où il faudrait chasser des vaches. Puis un véhicule tout-terrain, qui ressemble plus à un hochet, m’emmène au cœur du parc national des Lençois Maranhenses. Nous laissons le village de Santo Amaro derrière nous pour atteindre les dunes avant le coucher du soleil. Là, je vais pieds nus. Et je grimpe sur le sable blanc. Et enfin, au sommet, je découvre, cachée derrière, la lac bleu.

Une bande de grèbes se lève. Combien de poissons ont-ils avalés ? Ils les ont en vue, dans ces eaux fraîches et peu profondes. Les lagunes ont beau s’assécher, les œufs de poissons restent au fond, là où sont les algues, en attendant les prochaines pluies.

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Je continue le long de la crête sablonneuse et découvre d’autres lagunes. Ici, je me baignerai, c’est sûr, dans une eau douce à la bonne température. Mais aujourd’hui, ce paysage essentiel me suffit : des vagues de sable blanc, des eaux émeraude et toute cette sphère céleste qui, avec l’élégance d’un illusionniste, lorsqu’elle cache le soleil à une extrémité, éclaire la lune à l’autre.

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