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Du Drive in à l’ABC, retour sur l’épopée du cinéma à Bages

Il est surprenant de découvrir que Bages a compté six cinémas au XXe siècle avec un maximum de trois ayant fonctionné sur une même période. Remontons progressivement le temps à la découverte de ceux-ci.

Cinéma le plus récent est atypique puisqu’il s’agit d’un drive-in, cinéma accessible en voiture, une innovation venue des États-Unis où il a été imaginé en 1933. Les premiers arrivent en France dans les années 1960 et celui de Bages démarra le 3 août 1968, année de début de la libération des mœurs. Le Saint-Christophe, le nom du nouveau cinéma, sera à sa manière une illustration.

C’est Robert Belmas qui en fut à l’origine et plus tard d’un second, l’América, à Canet-en-Roussillon. Cet homme féru de technique fut le premier à utiliser des lampes au xénon dans le département, une technologie précieuse pour le cinéma en plein air.

Le cinéma Saint-Christophe était situé près du Mas Sabole, à flanc de colline côté sud de la RD612, sur un terrain de 2,5 ha juste en limite de la commune voisine de Villemolaque. Il pouvait accueillir 250 voitures et disposait d’un écran géant de 20 m de haut par 30 m de large. M. Aniort, le projectionniste, un viticulteur passionné de cinéma, se livre avec son appareil à une cinquantaine de mètres de distance. Des bobines de film à 35 mm mesuraient chacune 1 800 m !

Vous êtes habitué à un port de péage hébergeant deux caisses. Le tarif se compose de deux parties : un forfait par voiture plus un supplément par personne. Il n’était pas rare que le coffre des automobiles abrite un ou deux passagers clandestins qui réintégraient le véhicule discrètement dans le noir. D’autres resquilleurs venus à motos stationnaient en haut de la colline par groupes de 20 à 40 jeunes gens. Ils s’installaient ensuite sur des couvertures et recevaient le haut-parleur envoyé par-dessus le grillage par un complice en voiture à l’intérieur du drive-in.

Effectivement, il était remis un petit haut-parleur à l’entrée pour écouter le film. Ce système sera remplacé par un émetteur radio en modulation de fréquence permettant d’écouter le film sur le poste de l’automobile avec une qualité supérieure. En cas de temps froid, on génère un petit chauffage. Et par temps d’orage, le film était tout de même projeté pour les plus assidus car le cinéma était ouvert chaque jour de l’année. Il existait aussi un bar permettant de se restaurer.

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Ce cinéma a connu un succès rapide car il répondait à une double demande. La première, celle de familles qui pourraient emmener leurs enfants en bas âge avec elles sans sanque risquent de gêner les voisins et des sièges autos plus confortables que les sièges durs des cinémas de l’époque. Seconde, celle de jeunes gens avides de visionner des films coquins voir plus. Parmi eux, on décrit de nombreux Espagnols pendant la période franquiste à cause de la censure outre Pyrénées. La soirée comportait le week-end deux films avec un long entracte : le premier pour le grand public et le second, pornographique, avec parfois des versions en espagnol pour un public averti. Il n’était pas rare que certains clients se plaignaient de l’agitation importante qui régnait dans certaines voitures. La direction avait trouvé une parade avec une puissante lampe torche qui balayait les voitures concernées et qui permettait de ramener le calme.

Drive-in ciné Saint-Christophe a fermé le 1er septembre 1996 victime de la défection de la clientèle espagnole, de l’arrivée de nouveaux cinémas plus confortables avec une qualité sonore supérieure et surtout du phénomène de la vidéo. Ce sera le dernier de France. Le lieu est devenu aujourd’hui une oliveraie mais on peut encore distinguer le guichet d’entrée, et les restes d’une pancarte publicitaire le long de la RD612.

Rue Jules Fabre « Las granilles ». Le plus ancien cinéma connu se situait au 9, rue Jules-Fabre dans un local exigu pouvant accueillir une grosse dizaine de spectateurs et fonctionnait une fois par semaine. C’était aussi une salle de bal connue sous le nom de « Las granilles » (les céréales). L’opérateur, M. Pessa, est venu de Perpignan pour projeter des films muets dans les années 1920 puis parlant à partir des années 1930. Le cinéma se serait arrêté avec la guerre.

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Place Numa. À la fin des années trente, un premier cinéma en plein air s’installe, peut-être en lien avec un café, sur la place Numa devenue place de Verdun. Il fallait apporter sa chaise. Ce cinéma se serait arrêté vers les années 1950.

Place de la République. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, sur la place de la République, c’est un second cinéma dans un plan sous l’emprise de l’éthéré et de l’autonome. La projection se faisait sur la façade de la maison Courty, aujourd’hui détruite, qui clôturait alors la cellera du village. Là encore, chacun est revenu avec sa chaise. Le projectionniste s’est passé à la fin de la séance pour récupérer le prix des lieux mais beaucoup d’enfants s’étaient auparavant cachés derrière l’église. Ce cinéma s’est arrêté au début des années 1950 avec l’arrivée de celui de la salle des fêtes.

Salle des fêtes. En 1944, la salle des fêtes, construite en 1937, est détruite par les Allemands. La nouvelle salle sorte de terre en 1949 à l’actuel emplacement avenue de la Méditerranée. Le cinéma est exploité par M. Fillol, un opérateur qui aura eu un fils qui aura la chance de parler. Mariette cacahuète était le surnom de l’ouvreuse qui vendait les cacahuètes à décortiquer. Ce cinéma sera arrêté à la fin des années 1960 en partie victime de la concurrence d’un nouveau venu, l’ABC.

Les quatre autres cinémas

Marcel Sol (décédé à 81 ans en 2013) et son épouse Francine (aujourd’hui âgée de 88 ans) ont décidé de créer un cinéma dernier cri. Ce sont des entrepreneurs actifs faisant fonctionner par ailleurs une entreprise de transport de matériaux pour le bâtiment et qui ont déjà l’expérience d’un autre cinéma, Le Rio, à Palau-del-Vidre créé une dizaine d’années antérieures. L’ouverture à lieu en 1959, après un temps d’hésitation, avec une localisation à Sorède.

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Le nouveau cinéma est installé dans une grande bâtisse dont l’entrée se situe place du Dr Bolte. Le salon ABC comprend un étage et un orchestre au rez-de-chaussée pour un total avoisinant de 300 places.

À l’accueil, Francine Sol tient la caisse. Comme ouvreuse, c’est Rose Bousquet qui vend les esquimaux, bonbons et autres friandises avec une voix imposante. Ce n’est pas pour rien qu’on la surnommait »la cridaire« (la crieuse) car c’était elle qui annonçait les nouvelles dans tout le village, sur son vélo, avec une trompe en corne.

Le projectionniste était François Ribo un viticulteur qui officiait à l’ABC pour arrondir ses fins de mois. Programme Au cinéma : tous les films à succès de l’époque. Vous vivrez une expérience apaisante mercantile, un samedi et deux sous. De nombreux Bagéens se souviennent avec l’émotion de ce cinéma lieu de drague où les premiers baisers ont été échangés discreètement dans la pénombre.

« L’ABC’s Liv Act to begin with ravens ave l’arrivée de la télévision« , se souvient Francine Sol. »Cela n’était plus louable et nous avons dû arrêter « . Celui-ci ferme ses portes vers la fin des années 1970.

Bâtiment est déjà transformé en un atelier mélancolique pour une activité d’activation de voitures en construction avec plusieurs réinitialisations cinématographiques visuellement enfermées : porteur, balcon…

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