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Du Bangladesh à Perpignan : le récit d’un journaliste qui a fui son pays pour écapar à la mort ou à la prison à vie

MD Sahad Uddin, 38 ans, est à Perpignan depuis un mois. Le point de chute d’un périple d’environ 15 000 kilomètres depuis sa fuite du Bangladesh l’été dernier, où il a dû laisser une fillette et une épouse enceinte. Tout est parti d’un article publié début mai dans lequel le journaliste a mis en cause un proche du parti gouvernemental. C’est lui qui est aujourd’hui accusé du meurtre sur lequel il avait alors informé ses lecteurs.

« Je n’avais pas d’autre choix. Chez moi j’aurais été arrêté, condamné à mort ou à la perpétuité. Il ne me restait que la fuite.« Le « choix » de MD Sahad (c’est son prénom), ça a donc été de se cacher dans la forêt et dans les montagnes pendant un mois et demi »par peur qu’ils ne me fassent disparaître ou qu’ils me tuent ». Et puis le 20 juillet, il s’en remet à des passeurs en Inde et embarque pour la Libye. De jour, « au péril de (s)a vie« , il emprunte le chemin des migrants à travers la Méditerranée, puis l’Italie, se faisant dépouiller de tout, pour répliquer la France »,avec pays de l’humanité« .

La carte de presse de MD Sahad Uddin.
RD – RD

Ce qui l’a poussé à cette extrémité, c’est le quotidien de son travail de journaliste. À savoir que le 5 mai 2022, il se déplace sur un banal fait divers : un homme tué à coups de couteau. Sauf que dans cette affaire, selon ses informations, le meurtrier présumé serait le fils du chef de la Ligue Awami de sa région, à Dakshin Surma. Un homicide commis sur fond de trafic de stupéfiants, écrit-il, citant nommément les personnes mises en cause. La Ligue Awami étant le parti au pouvoir au Bangladesh depuis 2009.

Une accréditation au nom du journaliste politique MD Sahad Uddin.

Une accréditation au nom du journaliste politique MD Sahad Uddin.
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« Peu de temps après »le rédacteur du journal en ligne et sur version papier Daïnik Jugveri assure qu’il fait l’objet de menaces de mort. MD Sahad Uddin suspecte que le père du jeune suspect du meurtre se soit alors « associé avec l’officier en charge du commissariat de police pour dissimuler l’affaire.« En quelques jours, l’auteur de l’article se trouve lui-même accusé de l’homicide volontaire sur lequel il avait écrit… Ubuesque, si d’un instant à l’autre le trentenaire, marié et père de famille , vice-président du club de la presse de sa région, ne se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt pour meurtre. Une épée de Damoclès ne sait pertinemment qu’elle finira par s’abattre sur sa tête. chances d’échapper à la justice, dans un pays où la carte de presse est une cible pour les autorités (lire ci-dessous), adapté du miracle.

Mon père a été arrêté et torturé par la police, ma femme et ma fille sont menacées

MD Sahad parle de complot contre lui et ses seuls espoirs résidents alors dans ses rêves de France. Même s’il n’y a aucun contact, ni famille, ni ami, ni connaissance, il prendra tous les risques pour répliquer la terre des droits de l’homme. À Paris, il entame une procédure de demande d’asile, est dirigée vers le Centre d’Accueil et d’Évaluation des Situations de Montpellier. Il est enfin dirigé en dernier ressort vers le Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile de Perpignan où il séjourne depuis fin septembre. Dans l’attente que son dossier soit instruit.

Mais les nouvelles du pays ne sont pas bonnes. « J’ai appris que mon père avait été arrêté, conduit au commissariat où la police l’a torturé physiquement et humilié. Ma femme aujourd’hui enceinte de 6 mois et ma fille de 11 ans se sont réfugiées dans un autre endroit. Elles ont été menacées, elles doivent se cacher et ma fille ne peut plus aller à l’école. », le journaliste, entre anglais et application de traduction pour se faire comprendre. Il tremble pour sa famille et souhaite la protéger à distance. En faisant connaître son histoire dans les médias notamment.

MD Sahad avec sa fille.

MD Sahad avec sa fille.
RD – RD

« Je veux être citoyen de France et vivre ici dans l’avenir avec ma femme et mes enfants. Je ressens ici beaucoup de paix et d’humanité. », lance le journaliste plein d’espoir. « Nous devons vivre ici en sécurité. »

RSF : « Au Bangladesh, le gouvernement prend en âge les familles des journalistes exilés »

Avec dernier rapport en ligne de Reporter Sans Frontières est sans équivoque en ce qui concerne la liberté de la presse au Bangladesh. « Depuis l’indépendance du pays en 1971, les gouvernements considèrent la presse comme un outil de communicationécrit l’organisation internationale à but non lucratif. Celui de la Première ministre Cheikh Hasina, au pouvoir depuis 2009, ne fait pas exception. Les militants de son parti, la Ligue Awami, lancent régulièrement de violentes agressions physiques ciblées contre certains journalistes qui leur déplaisent, tandis que des campagnes de harcèlement judiciaire sont menées pour faire taire certains de leurs camarades, quand elles n’aboutissent pas à la fermeture d’un média.« RSF présente la loi sur la sécurité numérique du Bangladesh comme l’un des textes »les plus sévères au monde contre les journalistes : il permet des perquisitions et des arrestations sans le mindeir mandat […] et des peines de 14 ans de prison pour tout journaliste qui publierait des informations assimilées à la « propagande contre le père de la nation », à savoir le père de l’actuelle Première ministre.« Le 23 septembre dernier, RSF alertée sur la situation des frères de deux journalistes « critiques du gouvernement » qui « ont été placés en détention, sans aucun mandat d’arrêt. »

En 2018, Human Rights Watch, organisation internationale de défense des droits de l’homme, a publié un rapport alarmant concernant la liberté d’expression au Bangladesh. « Des dizaines de personnes ont été arrêtées ces cinq dernières années au Bangladesh en vertu de l’article 57 de la Loi sur les technologies de l’information et de la communication. », dénonçait l’organisme dans son rapport. Leur délit ? Avoir examiné, entre autres, le gouvernement et les directions politiques sur des publications en ligne ou des réseaux sociaux. Un emploi jugé « abusif » par Human Rights Watch.

Une tentative cynique des autorités pour accélérer la répression

De son côté, Amnesty International estime dans un communiqué de presse publié il y a deux ans que « les attaques croissantes visant les médias doivent cesser« . L’observatoire des droits fondamentaux à travers le monde y a dénoncé une dérive accentuée de l’utilisation par les tenants du pouvoir de cette loi de sécurité numérique pour museler la presse à la faveur du Covid. « Les attaques croissantes visant des journalistes de premier plan sont clairement une tentative cynique des autorités d’accélérer la répression sous couvert de la crise du COVID-19« , y éveloppement ses rédacteurs. Ainsi, selon un décompte d’Amnesty dans le pays, en 2020, au moins 10 rédacteurs en chef de quotidiens nationaux et régionaux et de sites Web d’actualité ont fait l’objet de pourcais au titre de la Loi sur la sécurité numérique, à la suite d’articles critiquant les dirigeants de la Ligue Awami.

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