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Décryptage : les biocarburants à l’éthanol, aubaine pour le portefeuille mais voie sans issue ?

Depuis l’envol des prix des carburants traditionnels, fin 2021, les ventes d’automobiles neuves roulantes au bioéthanol et les conversions de leur auto par des particuliers ont beaucoup crû. Mais ce biocarburant n’est pas exempt de critiques ou de promesses pas encore tenues. Tour d’horizon, en passant par la recherche sur les e-carburants que le sport auto introduira en F2 à partir de 2023, en F1 à partir de 2026, alors que l’Union européenne conduit ce mois-ci des discussions qui déstineront du destin des motoers thermiques dans l’automobile au-delà de 2035.

0,63 €, 0,68 ou 0,74 : avec un tarif d’un litre Superéthanol E85 sur le site prix-carburants.gouv.fr, ce vendredi 9 septembre dans des stations voisines de Montpellier, a de quoi laisser songeur l’automobiliste roulant à l’essence ou au diesel. L’écart de prix vaut à la profession de réclamer volontiers que son E85 est le carburant du pouvoir d’achat et les consommateurs ne s’y sont pas trompés.

1- Envol des volumes et des conversions

À près de 468 000 m3 en 2021, et 4 % du marché des essences, les ventes de Superétanol avaient « progressé de 33 % en un an. A priori, nous serions à + 70 % sur les douze derniers mois », glisse Nicolas Kurtsoglou, ingénieur au Syndicat national des producteurs d’alcool agricole. Avec le SNPAA espère boucler 2022 « autour de 7% du marché »en ayant gagné 90 000 utilisateurs au cours du seul premier semestre, 18 900 automobiles neuves et 71 000 véhicules convertis.

Avec 271 000 autos absorbantes de l’E85 en France, à fin juillet, il n’y a peut-être qu’un risque de pénurie : « Premier pays européen producteur la France est un exportateur net de bioéthanol », a indiqué Nicolas Kurtsoglou. Pas non plus de tension sur le prix, il ne varie que sur la part d’essence mêlée à l’éthanol : « 15 à 40 % selon la saison, davantage l’hiver, moins l’été. »

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En prime, roulant à l’éthanol sur entre dans les dérogations d’accès à la zone à faible émission de Montpellier, par exemple. Le tableau à l’allure, mais…

2- La polémique environnementale

Outre son économie, la filière éthanol revendique un gain écologique. « Avec du bioéthanol pur, c’est 77% d’émission de gaz à effet de serre en moins par rapport à l’essencedéfend le technicien du SNPAA, 50% pour E85. Du CO2 biogénique qui n’augmente pas la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. »

Fabriqué à partir de beterave à sucre, de maïs et de blé, le bioéthanol dit de première génération rejette lors de sa combustion du CO2 que la plante avait lors de sa croissance. A moins que vous n’utilisiez des plantations à cette fin, « c’est une manière de faire directement en concurrence avec les filières alimentaires, point Thibault Cantat, spécialiste des carburants nouveaux au Commissariat à l’énergie atomiqueCEA. En Europe, c’est clairement fléché à la baisse, on ne veut pas de concurrence entre les deux filières alors que les populations et les tensions sur les marchés de l’alimentaire s’étendent. »

La Cour des comptes a rendu le 20 décembre 2021 un rapport très critique. Geenpeace France l’est plus encore, qui juge que « qu’est-ce qui ne va pas? »lâche Jérôme Frignet, fils directeur des programmes. Le militant liste les impacts sur la biodiversité, émission de gaz à effet de serre, terres retirées à l’alimentation animale ou humaine ou « risque de repousser des cultures alimentaires vers des zones naturelles. Ce n’est pas une bonne idée, tant pour le climat que pour la santé publique et le bilan économique est négatif pour la société.« 

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3- 2e et 3e générations prometteuses

Depuis 2019, d’Aimargues à Vergèze (Gard) roule au quotidien un autocar du réseau régional liO alimenté à l’éthanol élaboré, dit de deuxième génération. Pas de matière agricole dans la composition de cet ED95, masse 95 % « d’éthanol issu de résidus viniques » et 5 % d’additif non fossile. « C’est un coproduit de distillerie vitivinicoleexplique Franck D’Herbomez, directeur de l’unité de production de Vauvert de l’Union des distilleries de Méditerranée (UDM). On récupère le marc, résidu de pressage du raisin, et les lies de nos adhérents, 200 caves coopératives et 5 000 particulières » pour faire six produits dont cet ED95, qui n’accapare donc pas de surface foncière et n’incorpore pas d’essence.

La production de l’UDM à l’est de 1 000 m3, les résidus viniques assurant 9% de l’éthanol distillé en France. Mais le gisement de matière première restreinte leur développement… À l’inverse, La troisième génération, celle des micros et macro-algues, « n’est pas limité par la biomasse »cultivée dans des bioréacteurs, mais son éclosion industrielle est incertaine, admet Thibault Cantat, du CEA. « On est encore au début de l’histoire, ça dépendra des coûts. »

4- Des perspectives au-delà de 2035 ?

L’échéance est celle de la fin du moteur thermique dans l’Union européenne, souhait de la Commission adopté en juillet par le Parlement. Mais le Conseil des ministres veut que restent autorisés des carburants climatiques neutres et des négésitions ont repris ce mois-ci entre ces trois établissements. Sauveront-elles les éthanols ? La filière veut y créer en mettant en avant des hybrides rechargeables alimentés avec ses carburants. Pas sûr que les excès climatiques récents, les alarmes qui sonnent de tous côtés sur le sujet indiquent qu’il s’agit du sens de l’histoire : ne plus polluer, pas seulement moins.

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Avec GPL a ses adeptes

220 000 véhicules en circulation en France, cela reste une goutte d’eau dans le parc de voitures particulières, mais les motorisations GPL sont aussi en augmentation. En deux ans, leur nombre a crû de 10 %, essentiellement par la vente de voitures neuves des marques Dacia et Renault – seule ofre disponible – et plus modestement les conversions de modèles d’occasion, « 600 en 2021« , indique Sophie Gaudillière, responsable du groupe GPL au sein de l’organisation du secteur, France Gaz liquide. « Il y a un regain d’intérêt des Françaisobserve-t-elle. On a croissance de 40 % des ventes de carburant l’an passé, on en est à 80 % à fin juillet par rapport à la même période l’an dernier. »

L’offre du groupe Renault est l’un des moteurs de cette croissance. La vignette Crit’Air1 aussi, mais comme pour l’éthanol, le prix du GPL est son principal atout, autour de 0,85 €/l, même si la consommation de l’automobile est un peu plus élevée. De surcroît, bien qu’il s’agisse d’un dérivé du pétrole, son prix au litre est stable. « C’est un coproduit de raffinerie. Pour 30 % issu du raffinage en France et 70 % d’importations non russes, qui subit des tensions mais sans commune mesure avec l’essence. »

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