Aller au contenu
Accueil » Actualité » Cartes de vulnérabilité, 30 défis, des solutions… L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée lance son plan contre l’urgence climatique

Cartes de vulnérabilité, 30 défis, des solutions… L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée lance son plan contre l’urgence climatique

Le comité de bassin Rhône-Méditerranée a voté ce vendredi 8 décembre son nouveau plan d’adaptation au changement climatique. Avec des cartes de vulnérabilité, des défis, des solutions… et de l’argent.

« Il faut agir plus vite et plus fort ». Les mots du président du comité de bassin Rhône-Méditerranée Martial Saddier résonnent comme une incantation. « Nous sommes un des secteurs les plus menacés par le réchauffement climatique d’ici 2050. J’invite donc tous les territoires à passer d’un monde où la ressource en eau était globalement abondante à une posture volontaire et constructive de sobriété », a-t-il ajouté.

Sommaire

Cinq enjeux fondamentaux

Et parce que les différents chiffres, pourtant éloquents, ne semblent pas suffire à faire prendre conscience de l’urgence à agir, le président de l’agence publique, à l’heure de faire voter son plan d’adaptation au changement climatique ce vendredi 8 décembre à Avignon, a sorti de nouvelles cartes de sa manche. Celles-ci illustrent, sur chacun des 192 sous-bassins versants le long du Rhône et sur le pourtour méditerranéen, leur degré de vulnérabilité pour les cinq enjeux fondamentaux liés au réchauffement : « la baisse de la disponibilité en eau, la perte de biodiversité, l’assèchement des sols, la détérioration de la qualité de l’eau et l’amplification des risques naturels liés à l’eau ».

L’ex-Languedoc-Roussillon en rouge écarlate.
S.W.

Ces cartes, issues des données de Météo France et de scientifiques, montrent clairement que l’ex-Languedoc-Roussillon vire au rouge écarlate sur tous les items, particulièrement pour la baisse de la disponibilité en eau ou l’assèchement des sols. Aux décideurs, maintenant, de s’en saisir. « Ces cartes constituent un outil sans précédent pour identifier les enjeux dominants à l’échelle locale. Elles permettent de construire des stratégies d’adaptation et de viser les actions les plus efficaces à mettre en œuvre selon le profil de vulnérabilité de son territoire », a indiqué Nicolas Chantepy, le directeur par intérim de l’Agence de l’eau.

L’exemple du bassin de l’Hérault

Celle-ci, en effet, ne peut s’imposer maître d’ouvrage mais accompagne, financièrement (jusqu’à 50 %) et techniquement, les collectivités ou tout autre usager de l’eau, dès lors que des travaux contribuent à une meilleure gestion de la ressource. Dans ce plan d’adaptation, voté pour la première fois en 2014 et révisé avec les nouvelles données climatiques, ces cartes s’accompagnent ainsi de solutions pour faire face à chaque vulnérabilité. « Prenons l’exemple du bassin de l’Hérault qui affiche de très forts enjeux de disponibilité, de risques naturels (crues et inondations, NDLR) et de qualité d’eau. Il faut ici en priorité : organiser le partage et maîtriser les besoins de l’eau ; infiltrer l’eau dans les sols, préserver la réserve utile et réduire l’évaporation ; élaborer un programme d’actions de prévention des inondations intégrant le changement climatique », poursuit M. Chantepy, dont le plan propose ensuite tout un panier d’actions concrètes.

Une partie de l’Hérault toujours « en crise »

Hasard du calendrier, au moment où l’Agence de l’eau dévoilait son plan, la préfecture de l’Hérault communiquait ce vendredi les dernières décisions du comité de suivi de la ressource en eau du département. Avec, fait rarissime pour un mois de décembre, le maintien de plusieurs bassins-versants en « crise », le plus haut niveau d’alerte et de restriction. Si à l’est, les quelques épisodes de pluie de novembre ont permis une légère amélioration, à l’ouest, « le niveau des nappes souterraines a peu augmenté et continue de se dégrader localement (Hérault aval, nappe astienne, Orb) ». Sur le secteur de l’Orb, la situation reste même « exceptionnellement tendue en l’absence de pluie ». Inquiétant quand on sait que c’est en automne et l’hiver que les nappes se rechargent.

Appliquer une tarification incitative, conditionner l’extension urbaine à la disponibilité de l’eau, réutiliser l’eau pluviale, désimperméabiliser les sols… Tout ce panier de solutions doit conduire au défi majeur, fixé par le Président de la République l’an passé, « de réduire les prélèvements de 10 % d’ici 2030 », a rappelé Martial Saddier. Soit, à l’échelle du bassin Rhône-Méditerranée, une économie de 360 millions de m3 d’eau, dont 126 millions pour l’ex-Languedoc-Roussillon.

A lire aussi :
Interconnexion des réseaux, rénovation du réseau, réutilisation, renaturation… Ce que peut financer l’Agence de l’eau

Priorité à la sécurisation de l’alimentation

Pour y parvenir et plus globalement préserver la quantité et la qualité de cet or bleu, ce sont en tout 30 défis qui accompagnent ce plan. Et avec, un gros chèque de 65 M€, dès 2024, pour gonfler le budget annuel qui s’établissait à 470 M€ cette année. « Avec une priorité mise sur la sécurisation de l’alimentation en eau potable et la réduction des fuites dans les réseaux les moins performants ». Les étés 2022 et 2023 ont montré qu’il y a des urgences dans l’urgence.

Les principaux défis

Baisse de la disponibilité

Réduire les prélèvements de 10 % d’ici 2030, soit 360 millions de m3 ; réviser les autorisations de prélèvements sur les secteurs en déséquilibre ; économiser 100 millions de m3 en agriculture ; engager un plan de réduction des fuites sur les réseaux d’eau potable où les taux de fuite sont supérieurs à 50 % ; engager la moitié des 150 intercommunalités dans des démarches d’installations économes auprès des ménages ; réduire la consommation des 40 plus grands sites industriels ; viser 250 projets de réutilisation des eaux (usées, grises et de pluie).

Perte de biodiversité aquatique et humide

Restaurer 500 km de cours d’eau d’ici 2030, soit une augmentation de 30 % de la dynamique d’action à l’échelle du bassin ; restaurer ou préserver 20 000 ha de zones humides ; restaurer 100 ha d’herbiers de posidonie.

Assèchement des sols

Mettre en place 3 000 km de haies ; intégrer le changement climatique dans la révision des cahiers des charges des AOC ; adopter un plan régional agricole d’adaptation au changement climatique ; assister 30 filières agricoles locales vertueuses ; multiplier par deux les surfaces désimperméabilisées, soit un objectif de 1 000 ha.

Détérioration de la qualité des eaux

Restaurer 17 000 km de berges de ripisylve dégradées ; déconnecter les eaux pluviales des réseaux unitaires ; mettre en œuvre des flux de pollution admissibles intégrant le changement climatique.

Accompagner les acteurs

Organiser tous les deux ans un événement eau et climat ; mettre en place des formations pour les décideurs ; développer des observatoires d’évolution des milieux et des espèces ; mettre en place un réseau de suivi des températures des cours d’eau.

À lire également  Des régions du sud de l'UE à risque jusqu'en novembre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *