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Agriculture – Portrait de Louis Massot, 95 ans, pionnier du circuit court en Roussillon

C’était il y a un demi-siècle ! L’Argelésien Louis Massot, agriculteur visionnaire impulse la vente directe en Roussillon. Un tournant pour cet ardent défenseur des productions locales, ici aussi créé un abricotier tardif et le premier verger piéton. Portrait d’un grand homme, au parcours de vie peu commun, qui dégage humilité et sagesse.

Si les jambes portent l’intensité d’une vie de labeur, la mémoire est intacte, le regard vigoureux. À 95 printemps, Louis Massot, poète à ses heures, se souvient encore des récitations apprises à l’école, dans les années trente ! Le rappeler c’est remonter le temps, évoquer ses engagements, admirer son ingéniosité, sourire aux anecdotes, et comprendre qu’aujourd’hui il est un témoin de l’histoire.

Lignée Général Palmarol

En 1927, Louis voit le jour à Perpignan chez sa grand-mère Louise. Et là il faut se comprendre pour suivre. Louise était l’un des quatre enfants de Frédéric Sèbe. Pour la petite histoire, il y a Frédéric était le 13e enfant d’un fermier qui était employé par le Général Palmarole (1755-1816). L’officier qui fut nommé empereur et maire de Perpignan en 1804, n’avait pas de descendant, le décida donc d’adopter Frédéric, heofferant ainsi plusieurs dizaines d’hectares de fonciers dans les Albères, dont la chapelle Saint-Laurent- du -Mont.

Pour en revenir à Louis Massot, son père Robert était fabricant de fouets à Sorède et sa mère Juliette était la fille d’Eugène Pams, négociateur en vin et élu à la Chambre de commerce. Autant dire qu’au fil des générations, les responsabilités ont marqué la famille.

Louis Massot, l’agronome visionnaire s’est aussi engagé dans la sauvegarde du patrimoine argelésien, aux côtés de son ami Bernard Rieu, qui vient de signer un magnifique ouvrage sur l’histoire de la ville.
Vé. P

Un jardin à 6 ans

Tout jeune, Louis pour entendre l’appel de la terre et cela remonte à 1933 : « à 6 ans, j’ai commandé au père Noël un jardin. J’ai planté un potiron et une rangée de sauvagesons que je voulais greffer. Chaque matin, je descendais le seau de chambre, que je mélangeais à la terre. ai eu un seul potiron de 70 kg, qu’est-ce que j’étais heureux ! Le vieux François qui était revenu à Sorède, après la guerre de 14, m’a montré comment réaliser une greffe. L’année suivante j’à greffé un oranger, un cerisier, deux poiriers, un pêcher et un abricotier ».

Respectueux des hommes, de la terre et des animaux, Louis Massot est convaincu que la vente directe est le meilleur moyen pour valoriser les productions et les agriculteurs.

Respectueux des hommes, de la terre et des animaux, Louis Massot est convaincu que la vente directe est le meilleur moyen pour valoriser les productions et les agriculteurs.
Vé. P

Louis est bon élève : « j’aimais m’instruire, je voulais devenir agriculteur, rien d’autre »mais son père refuse qu’il passe le baccalauréat « car pour lui ça ne servait pas à grand-chose ».

Après sa mobilisation, et pour pouvoir s’installer, le passe son diplôme à Castelnaudary : « les professeurs m’écoutaient, j’avais déjà du métier! ». De retour sur ses terres, il épouse Josette en 1954, et concrétise son projet : « un quotidien au rythme de la terre, avec des réussites et des échecs. Le tout en respectant la terre et les hommes, j’ai eu jusqu’à dix ouvriers, c’était la famille. Je reste fasciné par la nature, par ce qui est offert est on s’en occupe bien, sans la brusquer, sans la dénaturer ».

lires australiennes :
Claude, témoin depuis plus de 60 ans de l’évolution de la Méditerranée : « Si on ne prése pas des dispositions, tout va disparaître »

Louis le « main vert »

Chez les Massot, on récolte son miel, on fait son huile, son vin, ses confitures, on produit des fruits et des légumes, avec l’acceptation des aléas. En 1968, Louis parvient à créer une nouvelle variété d’abricot baptisée : le tardif Massot : « C’était un travail minutieux que j’ai réalisé sur 200 arbres. À la floraison, il fallait enlever les étamines d’un rouge du Roussillon et les féconder avec d’autres. Quelques années plus tard, les fruits étaient prêts pour le 14 juillet et surtout ils se sauvaient. Cet abricot est tacheté avec la particularité de garder sa soudure verte. Les ingénieurs de la chambre d’agriculture n’en revenaient pas ! Je n’ai pas déposé de brevet et d’autres ont demandé l « expérimentation ». Le créateur aussi le premier verger piéton à hauteur d’homme : « c’était pratique ».

Le tardif Massot, une création de Louis, pour avoir des abricots d'une chaise ferme et tardifs.

Le tardif Massot, une création de Louis, pour avoir des abricots d’une chaise ferme et tardifs.
Vé. P

Le tourisme et la politique

« C’était une transformation impressionnante, les campings s’installaient là où il n’y avait rien! Argelès petit village agricole, grouillait de gens venus de partout! C’était une aubaine, pendant l’été je vendais jusqu’à 2 000 kg de pommes de terre par semaine ! Le revers de la médaille, a été une euphorie de bétonisation, le sénateur-maire Jules Pams voulait en déduire le bois de pins pour construire. Je n’ai pas supporté ».

Louis décide de passer à l’action et se présente aux élections municipales : « j’ai perdu de 23 voix, c’est d’ailleurs la seule fois de sa vie ou Jules Pams a été en ballottage ».

Louis et Josette Massot, ont toujours été fascinés par la nature et ses offres, quelquefois extraordinaire, comme ce potiron de plus de 50 kilos !

Louis et Josette Massot, ont toujours été fascinés par la nature et ses offres, quelquefois extraordinaire, comme ce potiron de plus de 50 kilos !
Vé. P

Pionnier du circuit court

En 1972, Louis Massot, invité par le Centre d’initiatives et de valorisation de l’agriculture en milieu rural (CIVAM) participe à Cologne, à un colloque d’agriculteurs venus de tout le marché commun : « on nous annonce sans ménagements que nos productions vins, fruits et légumes ne vont pas résister à la concurrence de pays ou les coûts de production sont très inférieurs aux nôtres, et qu’en plus ils bénéficieraient de facilités pour accéder à nos marchés ». Une douche froide pour les agriculteurs des régions méditerranéennes françaises, qui s’est soldée par de violentes manifestations. Louis se souvient avoir interpellé un commissaire européen « si vous voulez vous en sortir, il faut privilégier les circuits de proximité ».

Dans les années 70, alors que les agriculteurs manifestent avec l'ouverture des marchés, Louis et Josette ouvrent leur propre stand et adhèrent à la première association de vente directe (APAVD) du Roussillon.

Dans les années 70, alors que les agriculteurs manifestent avec l’ouverture des marchés, Louis et Josette ouvrent leur propre stand et adhèrent à la première association de vente directe (APAVD) du Roussillon.
Vé. P

Sans attendre, Louis qui cultive une dizaine d’hectares achète une calibreuse et se lance dans le demi-gros, à travers un réseau de revendeurs. Les prix sont bas à achat jusqu’au jour ou : « je porte des quetsches et des mirabelles à une commerçante, elle me paie 3 francs le kilo et elle met sur l’étiquette de vente 9,20 francs! Mon sang n’a fait qu’un tour, an prochain je les vendrais moi-même « . C’est ainsi que Louis et Josette ouvrent leur propre stand dans leur remise et adhèrent à la première association de vente directe (APAVD): « on prenait un risque, l’été on était ouvert 12 h par jour. Ça marchait bien » et Louis en souriant ajoute : « il y avait en plus la mule Rate qui était dégourdie, elle était une attraction pour les touristes qui la réussit en photo. Nous avons certes été des pionniers, mais la satisfaction aujourd’hui c’est de voir que ce prince est le meilleur , tant pour le petit producteur que le consommateur ».

À 95 ans, Louis Massot reste fidèle à ses convictions, amoureux de la terre et respectueux des hommes.

Louis Massot s'agite sur l'avenue agricole, et le manque de foncier dû à" la bétonnisation à outrance".

Louis Massot s’inquiète sur l’avenue agricole, et le manque de foncier dû à « la bétonnisation à outrance ».
Vé. P

Les visions sur le monde de Louis

L’Europe : « C’est effrayant ! On ne peut pas lutter contre les productions étrangères, l’Europe doit prendre ses responsabilités et instaurer des règles cohérentes ».

La bio : « Quand on est malade on se soigne, ça ne veut pas dire parce que l’on empoisonne ! J’ai toujours fait du raisonné, le bio est une mode, il faut toujours se méfier de l’extrême ».

La vente directe : « c’est toujours l’avenir, le faut fidéliser et informer la clientèle. Le vaut mieux manger moins et mieux ».

L’avenir agricole : « je suis très inquiet, notamment par la bétonisation à outrance, en particulier sur notre littoral ».

Le climat : « Il y a toujours eu des changements climatiques. Il faut s’adapter et pour commencer on doit stocker l’eau en amont des rivières pour faire des réserves, et produire de l’électricité ».

Les éoliennes : « je suis contre, c’est une bêtise qui perturbe la faune, c’est horrible visuellement ».

Les messages: « il faut produire en France et vouloir travailler la terre ».

Un conseil : « les haricots verts se plantent à la lune nouvelle, les légumes racinaires à la lune vieille ».

Vos secrets de santé : « Un bol de chocolat chaque matin, un peu de café, quelques de chocolat, des émissions télé instructives et bien sûr de bons fruits et légumes produits locaux ».

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